|
|
La violence conjugale se définit
comme un processus au cours duquel un partenaire exerce des comportements
agressifs et violents à l'encontre de l'autre, dans le
cadre d'une relation de couple. Ces comportements sont destructeurs
et inacceptables, tombant sous le coup de la loi. C'est un délit.
C'est un abus de pouvoir et une volonté de tout contrôler
qui dans une relation de couple vise à détruire
l'autre.
On parle de violences conjugales quand les scènes se reproduisent
et deviennent permanentes.
Elle se développe à travers des cycles dont l'intensité
et la fréquence augmentent avec le temps et qui devient
pour la femme dangereuse.
Souvent ces personnes se retranchent dans le silence, dans l'isolement.
Elles font semblant d'être comme les autres et confortent
leur entourage dans le non-dit. Ce silence est le reflet de la
société qui refuse l'échec du couple et entraîne
une tolérance particulière à ce type de violence.
Dans la majorité des cas, la violence est le fait de l'homme.
- La violence n'est que le symptôme d'un problème
et non le problème en lui-même.
- La violence conjugale c'est se croire autoriser à utiliser
sa force pour imposer ses désirs et sa volonté.
La violence dans le couple s'exerce sous diverses formes :
Violences psychologiques
: Elle vise à
dénigrer l'autre dans sa valeur personnelle, dans son identité.
Il s'agit de comportement méprisant, dénigrant les
opinions, les valeurs, les actions de la femme. Elle peut prendre
la forme d'une relation punitive : Refus de communiquer, ignorer
la présence de l'autre, parler de l'autre comme s'il était
absent
Cette forme de violence souvent difficile à identifier
atteint profondément la personne visée car elle
attaque l'image de soi. " Tu n'es bonne à rien, regarde
de quoi tu as l'air, t'es qu'une incapable, tu sais bien que personne
te croira salope, T'es qu'une malade, etc.
Violences verbales : Il s'agit d'humilier l'autre par des
messages de mépris, de le terroriser par intimidation cris,
hurlements, menaces. Elle peut s'exprimer par des interdictions,
du chantage, des ordres, insultes
.
Ces deux formes psychologique et verbale permettent à l'agresseur,
sans porter de coup, d'atteindre le but recherché : Créer
une tension insupportable pour sa conjointe, maintenir un climat
de peur et d'insécurité, atmosphère propice
pour inciter l'autre à se conformer aux exigences de son
partenaire par terreur de voir la situation s'aggraver davantage.
Selon des chercheurs les violences psychologiques et verbales
sont plus dévastatrices que le plan personnel que les violences
physiques.
Violences physiques : Elle atteint dans son intégrité physique :cracher au visage, tirer les cheveux, bousculer, secouer, causer des blessures, morsures, ecchymoses, brûlures, fracture, enfermer une femme à la maison, contrôler ses déplacements, confisquer son salaire.
Violences économiques : Ne plus donner de l'argent du ménage, exiger des comptes au centime près, refuser toute dépense pour l'entretien personnel de la femme, l'empêcher de travailler
Violences sexuelles : Sexualité forcée accompagnant
les brutalités physiques et les menaces, rapports sexuels
brutaux, contrainte à subir des situation non choisies.
Elle est celle qui est la plus difficile à révéler
alors qu'elle est extrêmement violente. Une femme qui cherche
d et l'aide et expose les violences dont elle a subie, c'est de
la violence sexuelle qu'il lui est le plus difficile à
en parler.
Le fait qu'elle ne présente
pas de blessures physiques ne signifie pas qu'elle n'ait été
ni battue, ni violentée.
On a observé que toutes les femmes qui sont victimes d'agressions
physiques subissent également les autres types d'agression.
Violences physiques, violences psychologiques, violences verbales,
violences sexuelles : toutes les violences énoncées
sont alors associées à une intention, une volonté
de dire quelque chose, de lui montrer que, d'obtenir que. La violence
n'est jamais gratuite. L'acte de violence physique est souvent
différé.
Les coups ne sont employés que lorsque les autres moyens
s'avèrent inefficaces, quand le cri, le regard en coin,
les remontrances. s'avèrent inopérants pour obtenir
la soumission escomptée. (Image de l'homme avec le panier
et les différentes violences à utiliser).
Beaucoup de femmes violentées expriment que ce n'est pas
tant la violence des coups qui est difficile à vivre (du
moins quand ils sont peu fréquents et qu'elles ne sont
pas blessées), mais la tension permanente et la peur constante
du mécontentement du conjoint. Elles ne sont pas persuadées
qu'il ait voulu intentionnellement leur faire du mal.
PROCESSUS DE LA VIOLENCE CONJUGALE
La violence s'installe progressivement
dans le couple.
Les premières manifestations sont rarement perçues
et identifiées comme des actes de violence. L'agresseur
minimise la gravité des faits, assure qu'ils ne dépendent
pas de sa volonté mais de toutes sortes de causes externes.
Ces actes se multiplient pour devenir habituels. La violence se
banalise et s'intensifie, tandis que la victime perd en capacité
d'opposition. C'est un cercle vicieux.
Dans un premier temps :
1) Agressions psychologiques : Dans cette phase l'agresseur
réduit la confiance personnelle de sa victime en lui adressant
des messages négatifs sur elle-même, provoquant une
diminution de l'estime de soi. Ce processus va bloquer les capacités
de la victime à revendiquer des droits personnels et à
agir pour les défendre.
2) Installation des violences verbales : cette phase constitue souvent l'étape qui précède l'agression physique. Cette violence prend des formes liées à la personnalité de l'auteur : injures, sarcasmes, railleries, insultes, volume de la voix, ordre Tout peut être utilisé pour agresser faire du mal installer la terreur.
3) Agressions physiques : Les formes de cette agression s'aggravent avec le temps et peuvent aller jusqu'à l'homicide. En France tous les quinze jours, 3 femmes sont assassinées par leur conjoint ou concubin (Statistiques du ministère de l'intérieur).
L'escalade de la violence peut
se développer sur de très longues périodes
de temps. Il peut y avoir violence psychologique et verbale pendant
des années avant la première agression physique.
Les récidives peuvent se produire en fonction d'un intervalle
de temps plus ou moins long, surtout au début de l'installation
du processus.
Dans tous les cas, si rien n'est fait, les violences tend à
s'aggraver et ne diminue pas avec le temps.
L'usage de la violence est un moyen d'imposer systématiquement
ses vues, en niant la liberté de l'autre. La situation
de violence dans le couple se caractérise par l'instauration
d'un rapport de domination durable au profit unique du conjoint
violent. La violence est un abus de pouvoir.
LE CYCLE DE LA VIOLENCE CONJUGALE
Le cycle s'organise en 4 phases
1) Tension de la personne dominante/peur de la personne dominée
2) Agression effectués par la personne dominante / Colère,
tristesse de la personne qui subit.
3) Invalidation de l'auteur /Responsabilité de la victime.
4) Phase de rémission fausse " lune de miel "/Résurgence
de l'espoir pour la personne dominée
1ère phase : Tension
de la personne dominante/ Peur de la personne dominée.
Le quotidien du couple : Silence, contrôle et montée
de la violence :
.Cette phase est en sorte préparatoire aux coups. L'homme
domine et veut contrôler l'ensemble de la vie familiale,
les agissements de sa compagne et de ses enfants. Il maintient
un contrôle permanent. Le prétexte évoqué
lors de la crise n'est qu'un déclencheur de la violence
et non pas sa cause.
La tension se manifeste de multiples
façons : silences lourds et refus d'adresser la parole,
absences imprévisibles et prolongées, irruption
de colère brève et de menaces, ton agressif, regards
méchants....
Redoutant l'explosion de violence, la femme s'efforce de baisser
cette tension insupportable. Dans un effort désespéré
elle cherche à ajuster le moindre de ses comportements
aux désirs de l'humeur de son compagnon renonçant
ainsi, peu à peu, à sa propre expression, à
la satisfaction de ses propres besoins, à son autonomie.
2éme phase : L'agression,
l'explosion ; Les coups : L'irruption de la violence :
L'ampleur des coups est variable. Bien souvent au début
de ces phases, ce sont des claques, des mouvements brusques où
l'homme "pousse " plus ou moins violemment sa compagne.
Leurs compagnes n'ayant pas toujours su apercevoir les signes
avant coureurs, sont surprises, elles ont peur. Souvent elles
ne comprennent pas ce qui a provoqué l'arrivée de
cette violence.
Une fois que l'acte de violence
est commis, la victime se sent trahie, démunie, en danger.
La femme confrontée à cette situation va ainsi faire
l'apprentissage de l'impuissance, elle va peu à peu se
considérer comme incapable d'agir efficacement et il lui
restera le réflexe de soumission pour qu'il arrête,
pour que la scène se termine, pour éviter le pire.
C'est souvent dans ces moments de crise, et juste après
la crise de violence, que les femmes cherchent de l'aide.
Les femmes violentées restent silencieuses car elles ont
honte et se culpabilisent.
Un des moyens pour une femme de ne pas être violentée
est au contraire d'affirmer son autonomie, sa capacité
à exister de manière indépendante.
3ème phase : Phase
d'invalidation : Les excuses : La phase de rémission :
Aussitôt après l'agression, l'homme violent va s'excuser,
demander ou implorer le pardon. Il va invalider son comportement.
Il essaie d'annuler ce qui s'est passé et de se soustraire
à la responsabilité des actes commis il accusera
sa femme de dramatiser une simple dispute, il la traitera de folle,
si elle évoque la terreur qu'elle a éprouvée,
il lui reprochera de ne pas lui faire confiance.
Ces dénégations et ces réactions culpabilisantes
pour la victime la conduisent peu à peu à se considérer
comme la vraie responsable de la violence de son conjoint. Elle
pensera qu'en modifiant son propre comportement la violence disparaîtra.
Plus le cycle se répète ; plus elle se percevra
comme incompétente, nulle, incapable, d'assumer un couple
et de gérer une vie familiale harmonieuse.
Pour éviter que cette dernière, horrifiée
par de telles violences, ne parte ou ne se plaigne à l'extérieur,
voire porter plainte contre son conjoint violent celui-ci doit
obtenir son pardon.
4ème phase : Phase
de rémission : sursis amoureux : La lune de miel
L'homme craint de perdre sa partenaire, il minimise les faits,
justifie son comportement, promet de ne plus recommencer et adopte
une attitude " normale ".
Cet apaisement entretient chez la femme l'espoir que son conjoint
ne sera plus violent si elle répond à ses demandes.
Durant cette période elle croit redécouvrir un compagnon
calme et prévenant. Pendant cette fausse lune de miel,
l'agresseur cherche à faire excuser sa conduite et à
obtenir le pardon.
C'est un moment où il est très difficile pour les
femmes de ne pas, une nouvelle fois, accorder leur confiance et
de ne pas se laisser envahir par un espoir de ses projets familiaux
et relationnels.
Une fois dissipée le souvenir des violences, le cycle continue.
Plus cette emprise sur la victime est forte, plus les périodes
de rémission s'amenuisent. L'homme a de moins en moins
peur de perdre sa compagne et n'a plus besoin de l'assurer.
La femme est exposée quotidiennement au contrôle,
au mépris et aux agressions. Elle vit dans la peur, l'insécurité,
elle s'ajuste aux besoins du conjoint, se centre sur ses humeurs.
Plus le cycle se répétera plus la femme se percevra
elle-même comme incompétente dans sa vie de couple
et dans sa vie personnelle. plus elle se culpabilisera de la violence
de son partenaire, violence dont elle se sentira dès lors
totalement responsable.
Le retour du quotidien :
Quelque qu'ait pu être la sincérité des excuses
de l'homme, après la période " lune de miel
", le quotidien reprend ses droits.
Celui-ci comme avant, s'accompagne du désir de l'époux
de régenter la vie de ses proches, de son incapacité
à dire ses désirs, ses insatisfactions, comme d'ailleurs
ses plaisirs.
Progressivement, les tensions, le besoin de domination, le stress
dus à l'accumulation d'éléments contraires
à ses attentes augmentent.
Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, réapparaît
plus ou moins rapidement une nouvelle phase de violence.
Spirale de la violence :
La violence est continue, mais son intensité et sa fréquence
d'apparition augmentent. Le cycle de la violence se reproduit
de plus en plus vite avec une intensité de plus en plus
forte. Chaque moment (ou phase) de violence repérée
par l'une ou l'autre va être un palier de cette spirale.
D'une manière générale, la violence permet
d'obtenir la soumission de l'autre à ses désirs,
par le marquage corporel.
En bout de spirale, si aucune rupture ne vient interrompre le
processus, il peut y avoir danger de mort. On peut parler de mort
sous d'autres formes : " Une femme vivant seule n'osant plus
sortir de chez elle ".
La spirale de la violence s'arrête quand le conjoint ou
la conjointe atteint le palier de l'intolérable.
Le seuil de l'intolérable varie.Tout va dépendre de l'histoire personnelle, du degré d'autonomie, de la capacité à refaire sa vie autrement, de la perception éthique qu'ont les personnes de la violence domestique et des normes sociales en usage au moment de la décision.
Significations de " sortir " de la violence conjugale
Sortir de la violence :
- C'est différent de " ne plus supporter les coups
", c'est avoir atteint le palier de l'intolérable.
- C'est être meurtrie et vouloir fuir.
- C'est vouloir changer les relations dans lesquelles il existe
de la violence, car la violence n'est que le symptôme d'un
problème et non le problème en lui-même.
- C'est d'abord lier pensée et pratique.
- C'est accepter l'idée que les femmes ont des droits,
qu'elles sont des êtres humains à part entière
et qu'à ce titre, il n'a aucun motif sérieux qui
permette aux hommes de les dominer.
- C'est accepter l'égalité des droits et des devoirs.
Dans nos sociétés qui ont institutionnalisé
l'inégalité et la différence généralisées
entre les hommes et les femmes.
Le fait de quitter la violence conjugale passe par des examens
critiques de nos manières de penser et d'agir les relations
hommes/femmes.
- C'est briser le secret, de quitter les solitudes dont la violence
a tissé les toiles.Cela oblige à changer ses pratiques,
arrêter de jouer le petit garçon soumis face à
la femme/mère ou d'être cette femme surprotectrice
de monsieur.
- C'est imposer de prendre son autonomie de grandir.
- C'est ne plus utiliser la violence,
- C'est apprendre à casser la spirale infernale, à
trouver avec ses proches d'autres manières de parler, de
débattre et de communiquer.
- C'est arrêter de plaindre et de vouloir protéger
les hommes.
Que les femmes veuillent jouer à la mère ou à
l'assistante sociale, elles éprouvent souvent une tendance
à vouloir prendre les hommes en charge. Les femmes violentées,
comme d'ailleurs la plupart des femmes, ont tellement été
habituées à être valorisées par le
regard de l'autre, par la gratitude qu'on leur exprime pour l'aide
et l'assistance qu'elles portent à leurs proches, que confrontées
à des hommes violents, elles perpétuent les mêmes
pratiques.La première aide que peut apporter une conjointe
à son compagnon est de s'aider elle-même, de ne pas
accepter d'être violentées.
Des facteurs déclenchent
la violence :
-" Elle me dit que ça a commencé quand elle
était enceinte ". La première grossesse pour
une femme correspond à un moment important, un stade de
fragilité où elle a le plus besoin d'aide, d'amour
et d'attention. L'homme est angoissé de devenir père,
et souvent ce n'est pas vraiment la première violence.
La venue de l'enfant modifie l'équilibre familial.Le couple
passe de deux à trois personnes ; Quelle place aura l'homme
alors ? Il a épousé une femme et il se retrouve
avec une mère ! Face à l'angoisse, à la frustration
(beaucoup de femmes enceintes refusent les rapports sexuels) et
à la solitude, que fait-il pour manifester sa présence
? Il frappe et il en a honte.
- Le chômage , les problèmes financiers
..
Signes avant-coureurs par apport
à la violence :
La femme est éduquée comme non-autonome dans l'oubli
de soi.
Les problèmes et la perte d'estime de soi commencent :
- Quand le corps ressemble de moins en moins aux femmes des catalogues,
- Quand les enfants s'en vont pour prendre leur autonomie,
- Quand le mari se lasse d'une femme de moins en moins conforme
à ses fantasmes
L'homme, on lui apprend à
être celui :
- " Qui assure ", qui protège, qui est différent
de la femme.
- Celui-ci n'exprime pas ses peurs, ne parle pas de ses sentiments,
(un homme qui sait ou doit savoir ou doit faire croire qu'il sait).Il
doit diriger la relation, soumettre la femme qu'il rencontre,
montrer qu'il est ou sera le maître.
- Quand la femme accepte de faire passer ses propres désirs en second, quand l'homme arrive à imposer les siens.
- Quand la femme se culpabilise de ce que quelque chose ne tourne pas rond, quand l'homme se soumet à l'image du valeureux guerrier qui domine" " sa compagne ".
- Quand la femme cède
ou s'excuse pour sauver sa relation, le risque augmente.
Elle va effacer de sa mémoire le souvenir de son autonomie
passée : le fait de pouvoir sortir seule ou avec des amies,
de flirter des heures durant, d'être libre de son temps
.
Quels sont les couples
où il existe la violence ?
D'une façon régulière la violence existe
dans des couples où cohabitent un pôle masculin et
un pôle féminin, où l'un et l'autre de ces
pôles, représentés par l'homme et la femme,
ont des droits et des devoirs différents.
Dans ce style de couple : l'homme est le pourvoyeur principal
qui apporte une sécurité matérielle et économique.Il
dirige les échanges avec l'extérieur.Il se veut
le défenseur et le protecteur du foyer et se consacre en
général à des activités dites masculines
telles que jardinage, bricolage, chasse
Sa compagne, prioritairement
à lui, entretient la maison, s'occupe du travail domestique,
se charge de l'éducation des enfants au quotidien
Bref elle assume tout l'intérieur de la maison.
Les hommes violents ont tendance à dévaloriser les travaux de leurs compagnes : Eux font de l'art, de l'exceptionnel, quand celles-ci ne feraient que du banal, du quotidien, sans invention, malgré les efforts de l'épouse pour lui faire plaisir
LES CONSEQUENCES DE LA VIOLENCE CONJUGALE
La confrontation à la
violence conjugale entraîne :
- La fatigue physique et nerveuse liées aux sentiments
de peur et d'insécurité :
Endurer la violence nécessite une énergie incroyable.Il
faut supporter les humiliations et les coups, mais aussi vivre
sous tension permanente. La peur est très présente
car la violence peut surgir n'importe quand, pour n'importe quel
prétexte.
- L'isolement : Les femmes violentées se trouvent doublement isolées. D'une part, elles sont souvent confinées au foyer par leur conjoint, qui les prive peu à peu de toutes relations extérieures.D'autre part lorsqu'elles sont en contact avec d'autres personnes (des collègues de bureau.)Il leur est très difficile d'aborder le sujet des violences conjugales qui s'érige comme un mur entre elles et les autres.
- La honte et la culpabilité :Souvent, les femmes se sentent responsables des violences qu'elles subissent.Cette situation représente leur propre échec puisque ce sont les femmes qui doivent, aux yeux de la société assurer l'harmonie au sein du foyer. Elles ressentent la honte d'être une " femme battue " et de ne pas parvenir à quitter leur conjoint pour autant.
- La mésestime de soi : Beaucoup de femmes violentées se perçoivent comme " incapables " à de nombreux égards : en tant que personne, épouse, mère mais aussi dans leur activité professionnelle. Elles finissent par croire les critiques de leur conjoint sur leur nullité, leur incapacité. Elles perdent peu à peu la notion de la valeur d'elles-mêmes.
- La perte d'identité : A l'extrême, les femmes victimes de violence conjugale se trouvent dépossédées de leur capacité à exprimer leur volonté et leurs désirs, à penser pour elles-mêmes. Elles finissent par se fondre dans les exigences de leur conjoint qui a réduit à néant leur personnalité.
- Le déni de la violence conjugale : Le déni est le refus involontaire de reconnaître qu'on subit des violences. C'est un moyen inconscient de se protéger, en ne regardant pas la réalité difficile à assumer.
POURQUOI LES FEMMES RESTENT-ELLES
SOUS
L' EMPRISE DU CONJOINT ?
- Leur espoir de changer la
situation, de modifier le comportement du conjoint,
- L'unité familiale à préserver par rapport
aux enfants (jusqu'à ce qu'il les batte),
- Les pressions extérieures : réprobation de l'entourage
(Si elle veut partir, elle part seule..),
- L'isolement : absence d'opportunité pour trouver de l'aide,
- La peur de la misère et des obstacles matériels
à surmonter,
- Leur état physique et psychologique : force intérieure,
être prête
- Les menaces, la peur des représailles sur elle-même,
- Les méconnaissances des droits : réticences à
affronter les institutions et l'appareil judiciaire.
COMMENT VIVRE SOUS L'EMPRISE D'UN CONJOIN VIOLENT ?
On ne peut pas dire que les femmes provoquent la violence ou sont responsables des violences subies, il n'en reste pas moins que la violence " se joue à deux ", pour utiliser une formule populaire.
Mécanismes permettant
de se protéger d'une réalité difficilement
supportable :
- Déni : Déni à la fois de la violence ;
de la qualité d'homme violent attribué à
l'auteur de violence, de sa propre qualité de victime,
femme battue.
-
- Minimisation des faits de violence et de la souffrance occasionnée
: " Finalement ça ne me fait pas tellement mal, je
ne suis pas restée longtemps à l'hôpital "
-
- Banalisation : La violence physique est considérée
comme un phénomène courant, incontournable, inévitable,
explicable à la fois par l'absence de qualité de
la personne- cible, ses défauts, ses insuffisances, par
l'histoire biographique de l'auteur des violences, par le contexte
évènementiel.
-
- Dissociation : La personne est confrontée à la
violence comme divisée à l'intérieur d'elle-même,
elle n'est pas la personne qui subit mais quelqu'un qui assiste
en spectatrice. L'esprit se déconnecte du corps et fait
du corps un objet extérieur de soi : " Je n'avais
pas l'impression que c'était moi qui avait vécu
ça ".
-
- Disculpation de l'agresseur : Reconnaître que son partenaire
est un homme dangereux et violent remet en cause le choix amoureux
initial et le projet mythique d'une famille heureuse. Les femmes
violentées peuvent pendant des années développer
toutes sortes de raisonnements pour expliquer et excuser les actes
de violences de son partenaire
STRATEGIES MISES EN PLACE POUR REDUIRE LES RISQUES
Ce sont des stratégies décidées consciemment, élaborées par étape à la suite des diverses phases de violence antérieurement subies. Elles visent à se protéger, se défendre, détourner le contrôle et la violence ou y échapper en se préservant des espaces d'autonomie.
- Stratégies de repli
Redoutant les explosions de violence de leur partenaire, les conjointes
choisissent de faire profil bas, pour prévenir ou diminuer
le risque de recours à la violence.
Elle va laisser faire, se soumettre à la volonté
de l'autre. Elles s'imposent elles-mêmes des limites et
censurent leurs paroles, leurs actes, leurs déplacements.
Renonçant à prendre des décisions, elles
s'écrasent.
- Stratégies de contournement
Face au contrôle permanent de leur conjoint, les femmes
usent de stratagèmes. Elles ont recours au mensonge, aux
subterfuges, à la ruse pour déjouer la surveillance
du conjoint et réaliser ce qu'elles veulent faire.
Elles mentent et dissimulent pour limiter les cris et les crises.Elles
apprennent à leurs enfants à ne pas dévoiler
certaines de leurs actions.
- Stratégies de résistance
D'autres femmes, à d'autres périodes du déroulement
de la vie commune, vont poser activement des limites à
l'agression. Elles répliquent, en viennent aux mains, elles
menacent d'appeler la police, d'engager une procédure de
divorce, de partir avec les enfants, de chercher de l'aide auprès
d'un service spécialisé.
Bien qu'elles supportent certaines manifestations de violence,
d'autres dépassent le seuil de tolérance et provoquent
leurs réactions. Les femmes se permettent de résister
quand elles se sentent dans leur bon droit, quand elles n'ont
plus rien à perdre et qu'elles estiment que la relation
avec leur conjoint ne peut plus s'améliorer.
Les femmes qui usent de stratégies de ce type peuvent réussir
à faire diminuer la violence physique mais que la violence
psychologique perdure.
- Stratégies de rupture
La séparation exige une préparation tant sur le
plan matériel que sur le plan psychologique. Il faut préalablement
:
° Faire le deuil d'une relation souhaitée à
laquelle elles ont cru.
° Quitter un homme qu'elles ont aimé et qu'elles aiment
parfois encore.
° Admettre que la vie de couple, sa vie de couple, se termine
sur un échec.
° Accepter de mettre fin à une vie familiale où
père, mère, enfants vivent ensemble.
° Affronter l'avenir en femme seule.
Certaines femmes sous l'emprise de conjoints violents auront besoin d'un temps très long.
Le déni n'est pas du
masochisme, il peut s'expliquer par :
- L'attachement à l'agresseur.
- La difficulté à remettre en cause son couple ou
sa famille et prendre éventuellement la responsabilité
de la séparation.
- Le refus de s'appliquer à soi-même le qualitatif
de " femme battue ". Le stéréotype ne
correspond pas à l'image que l'on a de soi et est très
dévalorisant socialement.
POURQUOI EST-IL DIFFICILE DE ROMPRE ?
Aider une femme suppose que
l'on parle de son histoire personnelle : ses peurs, ses espoirs,
ses contradictions. Au bout du compte, il lui revient à
elle seule, de prendre la décision de partir ou de rester.
Bien souvent, le seul moyen de se soustraire à la violence
est la rupture avec le conjoint. C'est une décision difficile
à prendre.
Rester st une réaction
paradoxale :
Partir nécessite de s'opposer à son conjoint. Nombre
de femmes, vidées de leur énergie et anéanties
dans leur personnalité ne peuvent à certains moments,
exprimer cet élan vital. Mais rester peut constituer aussi
un acte de résistance : Certaines femmes veulent faire
preuve de courage pour préserver l'unité familiale.Elles
ne veulent pas priver leurs enfants de leur père, tant
qu'ils ne sont pas en danger. Elles refusent parfois l'échec
de leur couple, surtout quand elles aiment encore leur conjoint.
Traditionnellement, ce sont elles qui doivent uvrer à
la réussite un projet familial, elles se vivent comme gardiennes
de l'unité familiale. Habituées à prendre
soin des autres, elles se sentent responsables de leur conjoint,
pensent qu'il est malade ou malheureux et se font un devoir de
rester. Beaucoup de femmes gardent longtemps l'espoir que la violence
va cesser .Cet espoir est entretenu par l'alternance, dans le
cycle de la violence, de période de crise et de période
de répit.
Partir est faire face aux peurs
:
L'idée de quitter le domicile suscite un certain nombre
de peurs :
- Peur des représailles :Bien souvent le conjoint violent
use de menaces pour empêcher sa femme de partir.Elles peuvent
la viser elle, ses enfants ou encore prendre la forme d'un chantage
au suicide.
- Diminuées dans l'estime qu'elles ont d'elles-mêmes,
les femmes redoutent de ne pouvoir assumer leur vie seule (solitude
éducation des enfants..)
- Les problèmes matériels : Quitter le domicile
signifie renoncer à son toit, quitter parfois un confort
que l'on a mis des années à aménager.Dans
les milieux aisés ou très aisés, la séparation
peut vouloir dire la perte totale d'un certain train de vie. Les
femmes devront affronter de multiples problèmes : logement
(peur de se retrouver " à la rue ", emploi,charges
familiales..)
Demander de l'aide ne va pas
de soi :
Pour les femmes qui souhaitent rompre avec la violence, un certain
nombre de facteurs constituent des freins à la demande
d'aide, pourtant nécessaire.
- L'isolement, la honte, et l'absence de soutien de l'entourage.
- La méconnaissance des droits, l'ignorance des ressources
existantes. Les femmes sont peu ou ne sont pas informées
de leurs droits.Cette méconnaissance les rend méfiantes
vis-à-vis des institutions auxquelles elles pourraient
avoir recours. On a constaté, par exemple, que les femmes
hésitaient à contacter les services sociaux, par
peur de se voir retirer la garde de leurs enfants (menace fréquemment
utilisée par leur conjoint). C'est pourquoi l'information
sur les droits et l'instauration d'un rapport de confiance sont
essentielles dès les premiers entretiens.
Dans certaines associations, les femmes ont la possibilité de participer à des groupes de paroles où elles peuvent exprimer collectivement sur les violences conjugales ; Cela les aide à transformer ce qu'elles vivaient au départ comme un cas individuel en cause collective.
BRISER L'EMPRISE D'UN CONJOINT VIOLENT
Mettre fin à une relation de couple n'est pas facile. Ces caractéristiques sont d'autant plus marquées dans les couples ou l'un des partenaires a usé de violence à l'encontre de l'autre.
Divers modes de ruptures :
- La rupture rapide
Elle s'effectue dès les premières manifestations
de violence .Elle est le fait des personnes qui ne sont pas atteintes
dans leur identité et dans l'estime qu'elles se portent.Décidées
parfois très brusquement après des périodes
passionnelles de fusion aux premières manifestations de
contrôle ou de mépris ces ruptures découlent
de la détermination de la personne victime à se
choisir elle-même à diriger son parcours d e vie.
La période passionnelle de fusion amoureuse est brisée
par l'irruption de comportements ressentis comme inacceptables
et qui justifient la décision d'en rester là, de
mettre fin à la relation, rupture où le regret,
s'exprime mais où le choix d'orienter ses relations est
prédominant et le départ définitif.
- Rupture différée
à contre cur :
Elle est mise en uvre après plusieurs années
de violence, après avoir tout essayé.
Après de nombreuses tentatives pour répondre aux
demandes du partenaire et s'ajuster à ses attentes, les
femmes confrontées à une violence qui se répète,
malgré tout en viennent à tirer un trait sur une
relation sans avenir positif pour elles.
Elles ont suivi des thérapies, changé de style d'habillement,
appris à partager les loisirs favoris de leur partenaire,
admis de rompre leurs relations familiales ou amicales, changé
de profession
etc , elles estiment en avoir assez fait pour
être maintenant quittes.
Leurs multiples efforts pendant tant d'années les conduisent
à s'octroyer le droit de décider pour elles-mêmes
et de rompre la relation conjugale et dans la quasi-totalité
des cas ce type de rupture est définitif.
- La rupture évolutive
:
Elle se réalise à travers une succession de départs
et de retours, de séparations et de retrouvailles. Ce mode
de rupture, très fréquent pour se libérer
d'un conjoint violent provoque l'incompréhension de la
part des intervenants et il est fondamental de chercher à
comprendre les enjeux et les caractéristiques.
Processus de la rupture évolutive
: Pour briser l'emprise d'un conjoint violent, sa victime doit
rompre une série de liens et reconstruire ses capacités
d'autonomie.
En partant du domicile, cette femme souhaite principalement deux
choses :
- Mettre fin à la violence.
- Faire comprendre à son partenaire qu'elle ne supporte
plus la violence et qu'elle peut le quitter et mettre fin à
leur relation.
Ce départ est souvent une stratégie pour amener
l'agresseur à prendre conscience du risque de la rupture
et de la gravité de ses actes.
On constate que dans une grande majorité des situations,
les femmes qui quittent le domicile conjugal pour se mettre à
l'abri le font à plusieurs reprises avant de rompre définitivement.
Ce processus par étape est
généralement mal compris de l'extérieur :
famille, intervenants sociaux, policiers, magistrats.C'est pourquoi
il est essentiel de l'analyser et d'en étudier les caractéristiques
pour en apprécier la pertinence et l'intérêt.
Pertinence ? Oui, car ce processus
favorise à la fois :
- L'évolution de la femme qui engage une démarche
d'autonomie,
- L'évolution de son entourage qui va constater qu'elle
a tout fait avant de se libérer de ce partenaire.
Chaque départ est l'occasion d'expérimenter d'autres
aspects de la sécurité et de l'autonomie et de se
mettre à l'épreuve une série de questionnements
profonds sur l'aide aux femmes violentées, l'accès
à l'indépendance, l'hébergement
C'est
un moyen qui permet de tester la réalité extérieure
et ses propres capacités à évoluer hors du
cadre conjugal.
De plus c'est un mode de rupture qui prend en compte les réactions
du partenaire. Le départ de sa conjointe est pour lui une
surprise, une stupéfaction. Il ne l'aurait jamais cru capable
de ça
Il va donc réagir et parfois de façon très
efficace : Deux registres de réactions :
- Les manuvres de séduction pour obtenir le pardon.
: " Je n'avais pas compris que c'était si grave pour
toi, je ne voulais pas en arriver là, reviens
jamais
plus. "
- La violence : Recherche de sa femme, menaces d'attenter à
sa propre vie, à la vie de ses enfants, harcèlement
au travail
Ce recours à la violence peut-être démesuré
et il faut prendre en compte la dangerosité de certains
conjoints violents.Les homicides perpétrés à
l'encontre des femmes par leur partenaire, conjoint ou concubin,ont
presque toujours lieu au moment de la rupture , quand la femme
est partie.
Les ruptures par étapes
successives sont l'occasion d'expérimenter :
- Les ressources existantes : accueil, hébergement.
- La possibilité d'aide sociale et psychologique.
- La sécurité est une possibilité de repose
de récupération (le sommeil).
- Ses capacités personnelles à assumer la vie avec
ses enfants.
- La fiabilité ou non, des diverses promesses que fait
le partenaire et qui sont à l'origine de nouveaux essais
de vie commune.
Les étapes peuvent être
nombreuses car les liens entre conjoints-concubins sont multiples
et forts (vie sexuelle, parentalité, domicile, famille,
souvenir, projets élaborés en commun..). Il faut
les dénouer un à un.
Ce processus de libération peut-être entravé
ou au contraire encouragé par l'attitude des personnes
alentour : famille, enfants, intervenants sociaux.
L'entourage porte généralement des jugements sévères
et négatifs à l'encontre d'une femme qui retourne
au domicile d'un conjoint violent. Démunis face à
une décision qui leur est incompréhensible, les
proches de la victime réagissent souvent en abandonnant
l'aide qu'ils avaient pu fournir à cette femme, "
puisqu'elle ne sait pas ce qu'elle veut, y retourne toujours,
malgré tout ce qu'on a fait pour elle, elle doit finalement
y trouver son compte ".
Ce jugement négatif porté
sur son attitude et ses décisions renforce la victime dans
son sentiment d'incapacité et alimente son acceptation
de statut de victime.
La même désapprobation s'observe, et parfois très
brutalement, de la part des professionnels, notamment lorsqu'ils
ont été sollicités et ont peiné pour
trouver un hébergement.Pour eux ce retour au domicile est
un échec, échec de leur intervention, échec
de la structure d'hébergement, échec de la conjointe
face à un partenaire qui sait comment la manipuler.
Ce sentiment est si désagréable que de nombreux intervenants préviennent la femme au moment où elle demande de l'aide : " Attention, je vous ai trouvé quelque chose mais si vous décidez de reprendre la vie commune, il me sera bien difficile de vous aider à nouveau ". " Etes-vous vraiment décidée à divorcer ? " Sinon ce n'est pas la peine de partir " .
A cette occasion la femme qui cherche de l'aide reçoit une fois encore la confirmation de ce que lui assène quotidiennement son agresseur : elle est incapable de diriger sa vie, elle n'a pas de capacité à prendre des décisions, " elle est nulle ", elle ne saura jamais s'assumer et de plus son sort n'intéresse personne.
Accompagner le processus
Souvent on considère le retour au domicile conjugal comme
un échec, les intervenants ont alors l'impression que tous
les efforts n'ont servie à rien.
Or, accompagner des femmes dans un processus de rupture, c'est
soutenir leurs départs comme leurs retours, ceux-ci doivent
être travaillés avec elles pour constituer une étape
supplémentaire et non un simple retour en arrière.
La décision de retour doit être autant que possible,
réfléchie, discutée :
- Qu'elles sont ses motivations, ses espèrances ?
- Que faire en cas de réitération de la violence
?
- Comment se protéger. ?
Assurées de la permanence d'un soutien extérieur,
les femmes verront leurs capacités de défense et
de décision renforcées lors d'une prochaine crise
d e violence.
C'est la personne victime qui va elle-même décider
de sortir du processus de la violence conjugale avec notre accompagnement
et notre soutien.
Violence et thérapie
Les professionnels par l écoute et l'accueil de la parole
des femmes victimes de violences conjugales ne sont pas pour autant
des thérapeutes. Certaines femmes, après être
sorties du processus de la violence, n'ont pas besoin de thérapie.
Ayant fait l'expérience de la violence, elles savent détecter
les signes annonciateurs et ne pas retomber dans ce même
processus. Elles sont capables de se protéger dans l'avenir
et se reconstruire sans nier le passé.
D'autres par contre se retrouvant de nouveau dans une relation
de violence, la thérapie peuvent les accompagner dans un
travail de reconstruction à condition qu'elles en ressentent
une nécessité.
Il n'y a pas de règle générale. Chaque cas
est unique.
Quel que soit le cas de figure, les femmes qui s'en sortent le
mieux sont celles qui ont pu aller au bout d'une démarche
juridique. Elles ont été légitimées
par la justice en tant que victimes.
Le rappel à la loi, la reconnaissance par la société
des violences subies ont un rôle thérapeutique certain.
Les hommes violents qui ont pris conscience de leur responsabilité
et reconnaissent en eux une part de souffrance peuvent également
engager une démarche thérapeutique.
ORIGINE DE LA VIOLENCE CONJUGALE
La violence conjugale est une
violence sexiste
L'inégalité de statut entre les hommes et les femmes
se manifeste dans les différents domaines de la vie sociale-politique-économique-familiale-
et même dans nos modes de pensées.Les femmes sont
renvoyées au rang de minorité, tandis que les homes
occupent les positions de responsabilités, de pouvoir.
La violence conjugale peut se lire comme la traduction, au niveau
individuel, du rapport de pouvoir entre les sexes existant dans
la société au profit des hommes.
Notre société organise et pense les rapports entre
els hommes et els femmes d'une façon qui, plaçant
ces dernières en position d'infériorité,
rend possible la violence conjugale.
La violence conjugale nous concerne tous. Vouloir lutter contre
elle, c'est s'obliger à se questionner sur ces rapports
établis au niveau social et vécus au niveau individuel.Cela
implique aussi que l'Etat doit prendre certes question en charge
au même titre que l'ensemble des autres faits sociaux.
La violence conjugale est normalisée dans notre société.C'est bien parce qu'on banalise les violences lorsqu'elels s'exercent contre les femmes qu'elles existent encore à une si grande échelle.
Comment les femmes décrivent
-elles cette violence et la situation dans laquelle elles se trouvent
?
Quelles sont leurs principales attentes quand elles demandent
du soutien?
Souvent les femmes qui viennent
nous voir sont dans le sentiment de la peur et de la crainte de
leur vie et de celle de leurs enfants. Elles sont comme on dit
" au bout du rouleau ". Elles ont atteint le seuil de
l'intolérable, c'es à dire, elles ne savent plus
que faire, elle sont besoin d'aide extérieure : c'est leur
survie.
Il est nécessaire dans un premier temps qu'elles mettent
des mots sur leur histoire et leur souffrance. Elles ne l'ont
jamais raconté à qui que ce soit car elles se sentent
honteuses et coupables de la situation de violence dans laquelle
elles vivent.
Elles ont été sous la domination d'un homme pendant
plusieurs années, elles n'ont plus confiance en elles,
elles ont perdu toutes leurs capacités et leurs compétences.
Elles disent se sentir nulles.
Toutes les femmes qui viennent nous demander soutien et aide ont
subi la violence conjugale, chaque cas est considéré
comme unique même si la situation semble identique.
A travers l'écoute active : c'est à dire : on ne
les juge pas, on les croit et on ne les conseille pas, nous allons
pouvoir canaliser ses besoins que ce soit sur le plan juridique,
médical, social, hébergement
.).
Dans un premier temps, nous les restituons dans leurs droits.
Nous les informons que leur conjoint n'a pas le droit de leur
faire subir de la violence (qu'elle soit verbale, psychologique,
ou physique, économique ou sexuelle). Il commet un délit
et peut être passible de prison et d'amende. Le fait de
les restituer dans leurs droits, elles pourront commencer à
sortir de la honte et de la culpabilité. Elles ont besoin
d'être soutenues et d'être aidées pour pouvoir
sortir de ce processus de violence. Seules, elles ne pourront
pas.
Il est important de ne pas les forcer à agir, il est essentiel
de respecter leur choix, leurs possibilités et leur rythme.
Même si elles ne sont pas prêtes à agir, nous
les informons des démarches sociales, juridiques, médicales
qui vont leur permettre de se protéger par rapport à
la loi, par rapport à elles et leurs enfants. (Dépôt
plainte ou dépôt de main courante, certificat médico-légal,
lettres de témoignages, orientation vers un centre d'hébergement,
orientation vers des avocats spécialisés
).
Le moment où elles seront prêtes pour agir, elles
auront déjà tous les éléments. Souvent
elles souhaitent un suivi par une de nos intervenantes qui peut
durer de 3 à 8 mois afin d'être soutenues jusqu'à
ce qu'elles retrouvent leur confiance. Il est essentiel de "
faire avec elle " et non pas " à la place de
".
Par notre soutien, elles vont réapprendre à se reconstruire,
c'est à dire à retrouver peu à peu leur confiance
en elle et en les autres pour ensuite pouvoir agir. En prenant
la décision de venir nous demander de l'aide c'est pour
elles déjà commencer à prendre leur vie en
main.
Elles ont tellement le sentiment d'être responsable de cette violence, qu'il est essentiel qu'elles prennent consciences que c'est lui le coupable et le seul coupable. Que c'est elle la " victime " de cette situation et que son conjoint l'a manipulé afin qu'elle se sente responsable de cette situation.
Quand elles viennent la première
fois nous rencontrer, elles ne savent pas pourquoi, car elles
sont dans une telle détresse qu'elles ne savent plus ce
qu'il faut faire. Pendant l'entretien, nous faisons l'effet miroir
de ce qu'elles disent. Par la reformulation, elles vont prendre
consciences qu'elles sont réellement victimes de violence
du conjoint. Nous les accompagnons dans leur reconstruction et
leur évolution.
Le fait qu'elles prennent elles-mêmes leur décision
pour quitter le conjoint, pour porter plainte, pour établir
le certificat médico légal à l'hôpital,
c'est le début de leur autonomie et de leur indépendance
.
Quelles réponses à leurs attentes ?
Ce ne sont pas des réponses que nous leur adressons. Ce sont seulement de l'écoute, des orientations, des informations, un accompagnement afin qu'elles se sécurisent par rapport à la situation de violence de la part de leur conjoint et qu'elles puissent à moyen terme sortir de ce processus de violence conjugale et retrouver leur identité et confiance en elles. Comme je l'ai dit auparavant, elles sont les seules à décider de ce qu'elles doivent ou peuvent faire. Nous n'avons pas à les forcer. C'est à elles de devenir " sujets " à part entière de leur vie. Les prendre en charge ne leur rendra pas service car elles retomberont dans une autre situation de dépendance. Les informer, les orienter, les écouter, les accompagner dans leur reconstruction participent à l'aide et au soutien de ces femmes victimes de violences conjugales.
Ces réponses nous amènent-elles à travailler en partenariat ou en réseau ?
Il est évident de travailler en partenariat et en réseau avec d'autres organismes ou associations institutionnels ou non. " Le parcours du combattant " est très difficile pour les femmes qui décident de sortir du processus de violence conjugale. Le fait d'être en réseau et en partenariat facilite les démarches sociales juridiques, médicales. Le fait d'être en lien entre nous sécurise les femmes. Etre un maillon de cette chaîne de solidarité avec chacun notre travail spécifique est une nécessité pour ces femmes. Le parcours sera plus facile pour elles et pour nous.
STEREOTYPES
Un milieu social défavorisé
?
Tous les milieux : riches et pauvres, ruraux et urbains, quels
que soient le niveau d'étude, l'âge et l'origine
culturelle. Il n'y a pas de portrait type social ou psychologique
de l'homme violent. La violence conjugale est un fait social dont
l'origine dépasse les seules explications individuelles.
Il n'y a pas de profil type
de femmes victimes de violences conjugales. - Elle touche les
personnes de toutes cultures, origines, de tous âges, indépendamment
du contexte religieux, éducatif.
Les violences subies par une femme sont proportionnelles à
son degré de soumission économique et /ou culturelle
à son mari ou compagnon. (Hypothèse la plus vraisemblable)
La violence masculine à l'égard des femmes est un
crime, elle tue, détruit des vies et des familles. On estime
qu'une femme sur cinq en Europe a subi une forme quelconque de
violence (quelle soit verbale, psychologique, physique, sexuelle,
économique) de la part de son partenaire.
Contrairement à ce que l'on croit, la violence conjugale
n'est pas liée à la pauvreté, à la
drogue ou à l'alcoolisme. On la retrouve dans tous les
milieux sociaux dans tous les pays. La violence conjugale est
le symptôme qui illustre le mieux le déséquilibre
des forces dans la relation entre les hommes et les femmes.
La violence masculine envers
les femmes n'est pas forcément liée à la
sexualité mais plutôt au besoin des hommes de garder
le pouvoir et le contrôle sur les femmes. L'éradication
de cette violence est à la base du changement dans les
relations hommes-femmes aussi bien dans les familles que dans
la société.
La violence envers les femmes et son ampleur est le reflet de
sociétés patriarcales au sein desquelles la discrimination
et les stéréotypes sont encore bien ancrés.
La société continue à accepter et à
reproduire le phénomène inégalitaire. Les
hommes trop souvent sentent comme une légitimité
à exercer un contrôle sur leur partenaire, comme
au sein de la cellule familiale les règles extérieures
n'avaient plus court.
La violence physique accompagne ou suit la violence verbale qui
dévalorise et culpabilise la femme. Celle-ci espère
toujours pouvoir améliorer la situation et donc elle reste
malgré tout. La situation socio-économique des femmes
est un autre élément important dans le fait qu'elles
restent parfois longtemps dans une relation violente. Elles restent
pour les enfants, parce qu'elles ne savent pas où aller
et ne voient pas comment elles pourraient " vivre seule ".
" Ca monte, ça monte
et ça explose " !
Nous connaissons tous la colère. La différence chez
les hommes violents se situe avant la colère et avant les
coups. Loin d'être en perte de contrôle, les hommes
violents, au contraire sont dans le contrôle permanent de
leurs proches et d'eux-m^mes. Tout doit être fait selon
leurs désirs. Les conjoints violents vérifient tout
sans cesse, épient les réactions des autres et en
même temps n'ont pas toujours les mots pour le dire ; Ils
gardent souvent pour eux-mêmes leurs insatisfactions, leurs
rancunes. La violence n'est alors que la pointe émergée
de l'iceberg.La violence physique n'est que la continuation des
autres violences souvent passées inaperçues auprès
des proches : le regard en coin, la bouderie, l'insulte, la dévalorisation
des actions ou des pensées de l'autre.
Quand le contrôle doux du quotidien, du regard de la voix.
ne suffit pas, que l'insatisfaction grandit, alors commence la
colère et la pseudo perte de contrôle.
" Lorsque ces scènes
répétitives accusent leurs compagnes d'en être
responsables " :
Quand on dit ce n'est pas n'importe quelle femme qui est victime
de violences, cet argument vise à culpabiliser les femmes
violentées, à leur faire honte. Les femmes violentées
et les hommes violents appartiennent à tous les niveaux
sociaux, à toutes les cultures, et sont de tous les âges.
La violence domestique n'est qu'un symptôme particulier
d'une relation sociale ordinaire où l'homme, la femme et
les enfants vivent, se répondent et résistent les
uns aux autres.
Homme violent, un alcoolique
? un ancien enfant battu ? un malade ?
On trouve des raisons communes, au fait qu'un homme boit pour
oublier ou pour se laisser aller à exprimer ses sentiments,
et au fait qu'il s'autorise à frapper sa compagne. L'association
violence= alcool est aussi pratique pour les hommes violents eux-mêmes.Elle
permet à certains de se présenter comme irresponsables,
ou bien elle permet à leurs compagnes d'accepter les excuses
de leurs compagnons : " quand il n'a pas bu, il est très
gentil ". Alcool ou pas, ce sont des hommes qui s'autorisent
dans la pensée à utiliser la violence contre leurs
proches.
Le plus souvent, on s'imagine les hommes violents alcooliques,
traumatisés par un passé d'enfant maltraité
ou pervers. Les faits démontrent pourtant que c'est faux.La
moitié des hommes violents ne sont pas des alcooliques
et ne frappent pas sous l'effet de l'alcool. Pour les autres l'alcool
agit tout au plus comme un " désinhibant " qui
facilite le passage à l'acte violent. Ce n'est pas la cause
de la violence.
Sans doute, le fait d'avoir vu son père frapper sa mère o ù le fait d'avoir été maltraité dans son enfance produit chez beaucoup d'hommes - et beaucoup de femmes- le sentiment qu'il est normal d'utiliser la violence quand on se pense plus fort. Pourquoi même ayant été battus, certains frappent et d'autres pas ?.
CONSULTER SUR LE SITE " RUBRIQUE CONSEIL DE L'EUROPE : RAPPORT SUR LES VIOLENCES DOMESTIQUES " CONCERNANT
- La législation et les
moyens mise en uvre
- Les moyens de lutter contre les violences conjugales
- Les mesures juridiques
- Les mesures de prévention
- Le soutien aux victimes
- Les pratiques dans les pays membres du Conseil de l'Europe