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Savoir qu'elles ne sont plus seules
dans cette situation, qu'elles peuvent en parler, partager leurs
expériences, leurs émotions.
Que le groupe devienne une source de soutien continu, pour s'affirmer et partager avec les autres des outils nouveaux pour affronter les problèmes anciens.
Au sein d'un groupe, la violence conjugale n'est plus subie seulement comme destin individuel, il devient repérable comme fait de société, crime social et culturel à l'encontre de ces femmes. Certaines ont traversé des phases que d'autres sont en train de vivre.
Elles savent de quoi elles parlent au plus profond d'elles-mêmes. Elles s'encouragent, mutuellement elles se comprennent , elles se soutiennent tout en étant à la fois diverses et semblables. Elles peuvent dès lors affronter les questions qui les rongent individuellement.
Ensemble, elles peuvent retrouver la mémoire des gestes, la mémoire des mots enfouis au plus profond d'elles-mêmes, pour tenter de retrouver une cohérence dans leur vie.
Elles vont pouvoir mettre en place les démarches légales pour se protéger, pour en parler avec leur entourage, pour s'expliquer enfin avec la famille et la justice. Il s'agit d'exprimer d'autres modalités de la relation .
Une fois la confiance retrouvée, il est important de pouvoir faire un travail de réflexion sur la coparentalité. Il est vrai qu'un couple qui se sépare fait souvent l'erreur de confondre conjugalité et coparentalité. Dans la mesure où il n'y a plus de vie conjugale, le parent "gardien " éloigne le parent "non gardien " de son enfant qui vit avec lui.
Aujourd'hui la majorité des femmes a rejeté le partenaire. Le rôle du père est inexistant ou peu existant (en général, les enfants sont confiés à la mère). Par l'échange au sein du groupe de parole, elles pourront accéder à un changement de réflexion par rapport à la position de l'autre parent vis à vis de l'enfant, sans se disqualifier dans une position binaire où l'un ou l'autre serait éliminé.
La rupture conjugale ne met pas fin à la parentalité. Il est nécessaire Aujourd'hui d'aller vers l'égalité des mères et des pères, vers la coparentalité pour favoriser le développement de l'enfant.
Objectifs fondamentaux du groupe de parole :
Les femmes victimes de violences conjugales participant au groupe de parole pourront retrouver autonomie et confiance. Le groupe de parole est centré sur les effets actuels des violences subies et sur la recherche des moyens pour se libérer de ces handicaps émotionnels, affectifs, sexuels, relationnels.
Le rituel
" Comment ça va ? " Chacune est invitée à dire comment elle se sent Aujourd'hui, maintenant, et quelle est sa disponibilité intellectuelle ou émotionnelle pour la rencontre. Cette séquence va permettre à toutes les participantes dêtre consciente de létat desprit de chacune à ce moment là.
Ordre du jour :
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Première réunion : le 8 février
Le fait de rencontrer d'autres femmes ayant subi la violence intra-familiale permet à chacune de prendre conscience quelle nest plus seule. Dans ce lieu qui leur appartient pendant 1h30, elles osent parler de leur vécu sans gêne, et laisser les émotions sortir de leur corps. Elles se permettent de parler d'elles, déprouver à la fois la douleur de leur vécu et la joie dêtre ensemble et de se soutenir.
Beaucoup de larmes se sont évacuées
La plupart des femmes sempêchent de penser à elles, de se faire plaisir, de prendre du temps pour elles. Elles ne font que donner, donner à leurs enfants, à leur mari ou compagnon.
Elles apprennent à créer des moyens pour être mieux, des objectifs à court ou moyen terme pour elles et non pour les autres.
Le fait de décider dun thème de leur choix à chaque réunion, permet de ne pas ségarer dans la réflexion pour mieux approfondir le thème choisi.
Généralement, le thème choisi est souvent lié à la violence quelles ont subie. (Thème choisi la prochaine réunion : la colère : la mienne et celle de lautre. Ce que la colère me fait éprouver ! ).
Thème : La colère |
Réunion du 22 février
En début de réunion, chaque participante évoque un moment où elle s est sentie bien intérieurement (ex : Se retrouver le soir à lire un livre sans un bruit autour delle, visiter une exposition de peinture, savourer un super plat .). Il est important de commencer la réunion avec un sentiment positif, et de la terminer de la même façon.
L échange sur le thème de la colère a été très intense. Dans leur vie, rares ont été les moments où elles ont pu exprimé leur ressenti autant par rapport à leur propre colère quà celle des autres. Leur sentiment par rapport à la colère a été identique : dun côté, grand soulagement dextérioriser ce sentiment dinjustice et de lautre, sentiment de culpabilité de ne pas pouvoir se maîtriser. Elles ont réfléchi sur le ou les moyens de comprendre la colère, et sur ce quelles ressentaient à ce moment là.
Thème : Comment je prends soin de moi-même et comment je satisfais mes propres besoins ? |
Réunion du 8 mars
Ce thème est très important pour les femmes ayant subies la violence.
En général, elles ont du mal à prendre soin d'elles.
Elles ne savent pas et ne peuvent plus savoir si la maltraitance quelles subissent est inéluctable, si elles sont vouées à une condition femme, intraitable ou sil est bon quelles se rendent coupables dun sort mérité parce que mauvaise épouse, mauvaise mère...
Dévalorisée par leur conjoint, culpabilisée par leur "non-perfection "(ce que dit le conjoint), systématiquement elles agissent pour les autres, et en fonction des autres (enfants et/ou conjoint).
Je leur ai demandé de raconter une ou des situation(s) où elles prennent soin d'elles. Demblée, elles me répondent quelles nen ont aucune.
Alors, je leur demande de prendre quelques minutes pour réfléchir à la question !
Par la suite, des situations précises de satisfaire leur propre besoin et de prendre soin d'elles émergent de leurs paroles. Elles ne se rendent même pas compte et ne ressentent même pas quelles se font plaisir parfois. Comme un sentiment de vouloir cacher ces moments privilégiés et culpabilisants à la fois.
Elles se font plaisir pour se sauvegarder (Je mérite de me faire plaisir), et en même temps elles nen ont pas conscience. (Je ne mérite pas de me faire plaisir).
En verbalisant ces moments personnels, elles se sentent soulagé et déculpabilisé. Aujourd'hui, elles se donnent le droit de prendre du temps pour elles et se faire plaisir.
Mais elles ont toujours du mal à saccepter, à se valoriser, à exister pour elles. Elles ont tellement vécu la négation de leur personne, et la dévalorisation d'elles-mêmes (provoquées par le conjoint) quelles sauto-punissent.
Dans la vie commune, les femmes ont été prises dans des situations conflictuelles. La difficulté dêtre fidèle au modèle familial que les parents leur a inculqué, la pérennité du couple, le bien-être des enfants au détriment de leur propre bien-être.
Le fait que ces femmes osent pour la première fois parler de leur révolte, dexprimer leur émotion, cest déjà prendre soin d'elles.
Au début de la vie commune, elles feignaient de croire que les choses allaient sarranger. Elles temporisaient, ne comprenant pas toujours ce qui se passait, les raisons dune brutalité quelles découvraient.
Daprès leur récit, elles ont subies des carences affectives : Familles éclatées ou inexistantes, parents désunis, mort précoce des ou dun parent, violence dans la famille dorigine. Elles ont dautant plus investi dans leur couple et dans la famille quelles ont tenté de construire. Doù ce sacrifice par rapport à elles-mêmes, et le refus de se faire plaisir.
Elles restaient cachées et secrètes car elles sexprimaient rarement en dehors du cadre familial. Ce secret lié à la honte dun tel fonctionnement, la femme lévoque souvent. Le silence paraissait impossible à rompre.
Mais plus elles tentaient dexister par elles-mêmes, de développer une énergie pour résister aux coups, plus elles étaient battues. Doù refus de nouveau dexister pour elles.
Aujourd'hui, elles ont décidé de séveiller à une vie de femme, responsable, indépendante, dassumer leurs actes, et de rester mère au sens plein du terme. Doù autonomie et décision de vivre pour elles.
Elles ont pris conscience pendant la réunion, que le fait davoir enfin changer de statut (refuser dêtre la victime), cétait déjà prendre soin d'elles.
Par la suite, elles nont raconté que des situations où elles prennent soin d'elles, où elles se font plaisir, (rester dans la salle da bain pendant ½ heure et se bichonner, aller chez le coiffeur, prendre du temps pour lécher les vitrines.).
Elles en sont arrivées à saccepter en temps que personne existant réellement pour elles-mêmes et non plus soublier, sisoler et paraître
Doù le choix du prochain thème : Ce que je crois que les gens pensent de moi, par rapport à ce que je pense être vraiment.
Thème : Ce que je crois que les gens pensent de moi, par rapport à ce que je pense être vraiment. |
Réunion du 22 mars
Une nouvelle personne a rejoint le groupe.
Nous avons pris le temps nécessaire pour que chacune se
présente ou se représente pour continuer à
créer le lien entre chaque femme.
Ensuite, nous avons commencé à réfléchir sur le thème proposé toujours lié au travail de chacune vers lautonomie et la confiance en soi.
La tension est très intense car chaque femme ressente une émotion très forte par rapport à limage quelle donne delle aux autres.Par des mots différents mais malgré tout similaires, elles ressentent toutes le besoin de toujours faire plus quelles ne voudraient pour être davantage appréciées.
Pour elles, il est important de donner une image positive d'elles-mêmes aux autres car elles ont vraiment besoin dêtre acceptées par leur entourage (voisins, collègue de travail ).
Comme elles disent, 70% de lapparence quelles donnent à lextérieur correspond à elles-mêmes et 30% nest quune fausse image.
Inconsciemment, ce besoin de plaire, ce besoin de montrer cette image "parfaite " et "positive " leur font prendre conscience quil est important de rester soi-même pour devenir une personne à part entière.
Pourquoi cette fausse image ?
Car elles nont pas confiance en elles, doù la nécessité de paraître.
Sinon, elles éprouvent le sentiment dêtre rejetées par les autres, le sentiment de nêtre pas acceptées, le sentiment de ne pas être aimé, sentiment que leur conjoint leur renvoyait par la culpabilité, la dévalorisation et le non respect.
Elles veulent être comme tout le monde .
Par rapport à leur "ego ", il est nécessaire dêtre apprécié par autrui pour exister.
Plus elles récupéreront de la confiance en elles, plus elles deviendront elles-mêmes.
Elles veulent Aujourd'hui retrouver leur identité, refuser dêtre manipulées, saccepter avec leurs défauts et leurs qualités, être valorisées .
Etre en harmonie avec leurs actes et leurs pensées devient important pour retrouver leur force, leur bien-être, leur confiance en soi et leur autonomie tout en refusant de se sentir coupable de quoi que ce soit Aujourd'hui.
La femme se sent en effet encore culpabilisé davoir provoqué en partant léclatement familial, bien quelles sachent que partir était la seule solution possible pour elle comme pour ses enfants.
Malgré la fierté davoir rompu ce lien, le courage dêtre partir, le sentiment de culpabilité est encore présent.
Dominer la peur de lautonomie pour devenir une personne à part entière nest pas si simple pour elles.
Doù le prochain thème : la culpabilité.
Thème : La culpabilité. |
Réunion du 29
Il est nécessaire de consacrer 2 réunions sur ce sujet.
La culpabilité est le premier sentiment quéprouve la femme victime de violence intra-familiale liée au sentiment de honte.
Quand elle subit cette violence, elle est persuadée davoir commis une faute.
Il faudra quelle se justifie dune façon permanente et cherchera toujours à obtenir de lautre le pardon et lapprobation.
Elle se sent tellement coupable, quelle trouve normal daccepter le comportement dagressivité et de dévalorisation de lautre. Cest sa faute et elle le mérite. Cest ancré en elle
Au début de la réunion, deux des femmes su groupe se sentaient très mal. Nous avons décidé de leur laisser du temps à chacune pour ressentir ce quelles éprouvaient à ce moment, et quelles pouvaient se permettre dextérioriser le malaise.
Une fois le sentiment négatif évacué, nous les avons senti plus près de nous, avec nous, prêtes à partager les émotions et à échanger nos réflexions sur le thème de la culpabilité.
Jai tout dabord demandé à chacune ce quelles éprouvaient quand elles se sentaient coupable ..
Toutes ont tendance à se punir ou bien à développer un comportement perfectionniste que ce soit dans le travail domestique ou dans le milieu professionnel.
Elles se sentent tellement coupable que dans tout ce quelles entreprennent, elles trouvent que ce nest pas encore suffisant. Il faut faire mieux et encore mieux et sans limites.
Doù sacrifice de leur personne au service du conjoint et des enfants.
Même Aujourd'hui, si quelques unes ont quitté le conjoint, elles se justifient encore vis à vis de leurs enfants. Il est difficile de sortir de cet automatisme.
Pour toutes aussi, tout plaisir personnel devient un interdit ou doit être accompagné ou suivi dun déplaisir qui annule le plaisir par la souffrance.
Pour apaiser la culpabilité, elles ont besoin dêtre puni ou de sauto-punir.
Par la punition, elles ne perdront pas l amour de lautre et ce sera un moyen de " payer la dette " qui sauvegarde cet amour quelles ont peur de perdre.
Elles sont tellement angoissées à lidée de commettre des fautes, quelles finissent par les faire quand même. Ce qui renforce leur sentiment dauto-dénigrement.
A la fin de la réunion, toutes éprouvent un grand soulagement. Elles se sentent moins coupables à la culpabilité, et décident de trouver des éléments qui va leur permettre de lêtre encore moins.
Doù réflexion pour la prochaine réunion.
Réunion du 12
Comme nous lavons décidé ensemble, nous continuons sur le thème de la culpabilité.
Chaque femme doit raconter une situation dans laquelle elle sest sentie vraiment coupable. Après avoir réfléchi à comment lêtre moins, les autres femmes lui proposent d'autres idées complémentaires.
Il est important dans ce groupe dentraide, que chacune soit à lécoute de lautre, et participe à lévolution de chacune.
Quelles aient conscience de leur propre responsabilité dans le groupe, quelles se respectent, quelles se sentent un maillon de la chaîne qui va permettre à chacune davancer. Doù importance de soutien et de solidarité mutuels.
Il est nécessaire quelles ne restent pas dans leur propre souffrance, quelles soient actrices du groupe, quelles se sentent utiles, et valorisées dans ce quelles proposent. Doù nécessité déchanges entre elles.
Beaucoup démotions se sont évacuées, car il nest pas facile dévoquer une situation dans laquelle elles se sentent tellement coupables.
Elles ont besoin de pleurer et de dire la colère quelles éprouvent pour avoir lesprit clair, et de trouver les moyens pour mieux se sortir de cette culpabilité qui les a rongée depuis des années.
Nous avons passé plus de temps que prévu, car il est important que chacune prenne le temps de réfléchir sur elle-même dans lobjectif de retrouver leur identité, leur autonomie, être responsable de leur vie et ne plus être victime.
Doù le prochain thème choisi : La peur.
Thème : La peur |
Réunion du 26 avril
La peur est un sentiment que ressentent
les femmes victimes de violence.
La violence crée la peur. Ces états de crainte comme l'inquiétude, la terreur, l'angoisse, l'anxiété les empêchent d'essayer de comprendre la situation de violence.
Ce sentiment d'insécurité indéfinissable les confine dans le silence et l'isolement.Quand nos participantes sont sorties de la violence, elles se demandent comment elles ont pu rester tant d'années avec un homme violent. Car aujourd'hui elles ont décidé de changer l'ensemble de leur mode de vie sans passer par la violence. Elles réfléchissent sur les moyens de communication, autre que la violence, même si aujourd'hui, elles vivent pour la majorité seules avec leurs enfants.
Elles travaillent sur elles-mêmes pour comprendre pourquoi elles ont accepté si longtemps cette violence, et peut-être reconstruire une nouvelles vie de couple avec des bases de communication autre que la violence.
Plusieurs d'entre elles, au début de la réunion ne se sentaient pas très bien. Elles ont décidé que chacune prenne le temps de prendre conscience de ce qui se passait en elle.
Certes, nous ne sommes pas contrainte de travailler sur le thème de la peur.
Si la majorité des femmes ont besoin d'extérioriser des sentiments négatifs, alors allons-y.
Plusieurs des participantes, ont vécu ces quinze derniers jours une ou des situations qui les ont réactivées. Il fallait absolument qu'elles se dégagent de ces émotions qui les empêchaient d'être elles-mêmes. Elles n'ont pu auparavant ni en parler, ni ressentir tout cette souffrance qu'elles gardaient depuis.
De la colère, de la peur, des larmes ont permis à chacune de se revaloriser, de se sentir présente et non plus de retomber dans ce sentiment de dévalorisation, de honte, et de culpabilité.
Même si elles sont sorties de la violence par la rupture d'avec le conjoint, elles restent encore très fragiles. . Sortir de la violence ne fait pas par magie.
Il faut du temps, de la patience
Nous reprendrons le thème de la peur la prochaine fois.
Réunions du 3 et 17 mai
La peur est un sentiment ancré chez tout individu d'autant plus chez la personne victime de violence conjugale.
Ce sentiment d'inquiétude permanente, ce sentiment d'échec et d'incapacité, cette fatigue, ce faible enthousiasme vital confine la femme dans la dévalorisation et l'illégitimité de leur personne.
Aujourd'hui nos participantes sont prêtes de parler de la peur.
Chacune choisit un événement où elle a éprouvé ce sentiment.
A travers leur récit , elles exorcisent l'angoisse et la peur qui les freinent dans la démarche de l'autonomie et d'identité.
Elles expriment:
A la fin de la séance qui dure aujourd'hui 2H car 1H30 ne suffisait pas, les participantes se sentent enfin soulagées de ce poids qu'est la peur. Elles ont pris conscience qu'en identifiant l'agent responsable de la peur qu'elles éprouvent, elles peuvent s'organiser pour éviter les situations où elles risquent d'être mis en sa présence.
D'où le prochain thème : La honte.
Thème : La honte |
Réunion du 1 juin
Le sentiment de la honte fait parti des sentiments qu'éprouvent les personnes victimes de violences intra-familiale.
La culpabilité favorise le sentiment de honte qui empêche les femmes de partir ou de parler d'où isolement de la personne. Elle est gênante, elle rend mal à l'aise. Le silence qui l'accompagne n'est pas seulement produit par la difficulté d'en parler, il est aussi fonction de résistances à la recevoir.
La majorité des personnes présentes aujourd'hui sont trop réactivées pour parler de la honte.
Elles demandent de reporter le sujet à la prochaine séance et de ressentir ce qu'elles éprouvent l'une et l'autre pour évacuer leur ressenti.
Il est essentiel dans le groupe de parole de respecter leur rythme et leur choix.
Si elles ont besoin de parler de situation qui les font souffrir, laissons les sentiments négatifs s'évacuer.
Les femmes du groupe sont encore fragilisées par des situations présentes qui les renvoient à leur passé. Même si certaines d'entre elles ont quitté la violence conjugale, des traces de violences physiques, psychiques, sont encore présentes à la fois dans leur corps et dans leur esprit.
Elles se révoltent ensemble, retrouvent la mémoire des mots et des gestes enfuis au plus profond d'elles-mêmes et tentent peu à peu de reconstruire la cohérence de leur existence.
Il est utile pour elles qui ont été battues (physiquement ou psychologiquement) d'apprendre la colère, alors que pour leurs partenaires qui sont violents, qu'ils apprennent à la contrôler. La violence apparaît quand on considère qu'on a le pouvoir et qu'on a la droit de l'exercer.
Beaucoup d'émotions partagées ont permis à toutes de recharger comme elles disent leur batterie .
Nous reprendront le sujet de la honte la prochaine fois.
Réunion du 14 et 28 Juin et 5 juillet
La honte est le produit de violences humiliantes diverses et composées de sentiments variés : rage, culpabilité, amour, haine, colère, agressivité, sidération, peur
Ce sentiment de honte altère l'identité des femmes victimes de violence conjugale.
3 réunions nous ont semblé nécessaires à propos de ce sujet.
Ces trois phases vont permettre à chacune de comprendre le processus de la honte et pourquoi pas la minimiser.
Qu'est-ce que la honte ?
La majorité des femmes du groupe ont toutes ressenties la honte dans la violence conjugale subie. Elles ont eu honte de subir la violence du conjoint (en se culpabilisant), et à la fois honte de l'accepter.
Cette honte psychique, perte de l'estime de soi, avoir le sentiment de ne plus mériter d'être aimé, se sentir dévalorisé, va peu à peu faire perdre la confiance en soi et l'amour propre.
Doù limportance du groupe de parole, pour quelles ne restent plus seules et quelles ne se sentent plus coupables de cette situation.
Cest vrai quaprès le passage à lacte du conjoint, que ce soit agression psychologique, physique ou sexuelle, lhomme va invalider son acte en responsabilisant la femme de son agression. Il évoque une excuse le concernant, il ne peut pas se maîtriser car il dit ne pas être fautif de lacte. Elle va se sentir diminué et désolé, en se sentant coupable et elle a honte.
Cette honte, elle nen parlera à personne, puisquelle perd lestime delle-même.
La honte est le contraire de lamour propre. Elle a honte delle-même, et se sent complètement effondrée. Elle ne peut plus saimer.
Son image par rapport au regard des autres va se transformer en une image négative et humiliante delle-même. Elle ne pourra pas agir concrètement tellement elle se sent dévalorisé et démoli.
La honte passe par les violences humiliantes du conjoint.
La revalorisation et la reconnaissance de soi vont passer par la verbalisation des sentiments de souffrance. Ce sont des besoins primordiaux pour se sentir exister.
En relatant une situation où elles se sont senties honteuses, (souvent une situation de violence conjugale), une décharge intense sexprime à travers leurs paroles. Comme un volcan qui voudrait se mettre en éruption mais qu'un bouchon lempêcherait dexploser ?
Elles ont tellement enfoui ce sentiment, quelles se sont permises de tout sortir dun seul coup avec une intensité très dense. Des pleurs et des larmes ont coulé pour leur bien être.
En exprimant la honte, chacune a pris conscience du danger, en lacceptant sans rien faire contre .
En échangeant par leurs propres mots une situation où elles ont senti la honte, elles ont repéré certaines caractéristiques communes à ce sentiment.
En ayant honte, elles ne sautorisent pas à exister, elles nont pas confiance en elles, et se sentent dévalorisées. Elles se sentent différentes des autres, inférieures, coupables des faits, démunies face à la situation, imparfaites, négatives.
Par la suite, elles me disent être plus sereines, calmes, en harmonie avec leur corps et leur esprit, et quelles auraient dû en parler plus tôt.
Quels sont les moyens et outils pour éviter de ressentir la honte :
Par la suite, nous essayons de trouver des facteurs pour sempêcher de ressentir le sentiment de honte, ou du moins de le minimiser.
Lhumour est un moyen de sempêcher de souffrir donc de ne pas tomber dans la souffrance.
En tournant la situation avec humour, le sentiment de honte est minimisé. Avec lhumour, on dramatise moins la situation, donc il y a moins de souffrance.
Un autre moyen de détourner le sentiment de honte est de modifier la situation en son contraire. Une des femmes nous donne un exemple :
Quand elle était petite, elle avait honte de son père car il portait les cheveux longs. Tous les autres papas avaient les cheveux courts. Elle avait tellement honte, quelle décide un jour de se dire : Mon père est formidable car il nest pas comme les autres, il est un artiste et jen suis fière. Depuis elle raconte à toutes ses amis que son père porte les cheveux longs car il est un artiste. Ce qui a valorisé la petite fille qui était fière de son père et navait plus cette honte.
Ces séances sur ce sujet ont rompu ce tabou quest la honte. Elles ont pu exprimer de vive voix et par des sensations intenses tout ce trop plein de honte quelles véhiculaient depuis ;
Le fait de parler de la honte les ont déterminées à continuer à se reconstruire en dégageant de plus en plus les sentiments qui les empêchent dêtre complètement elles-mêmes.
La majorité des femmes vont partir en vacances, donc il n'y aura pas de groupe de parole pendant le mois daoût. Il est essentiel de garder lharmonie du groupe. Chaque femme est un maillon de la chaîne.
Mais depuis sest créé entre elles un réseau dentraide. Elles se sont engagées mutuellement de sappeler si une dentre elles se sent mal, pour demander du soutien.
Cest un des objectifs du groupe de parole
Début septembre, nous reprendrons le groupe de parole. En attendant, laissons les se soutenir entre elles pendant le mois daoût, situation importante pour leur reconstruction mutuelle.
Theme: Remords et ressentiments |
Réunion du 6 septembre:
Après un peu plus dun mois dabsence, nous voici Aujourd'hui toutes réunies et contentes de nous retrouver.
Nous navons pas choisi de thème. Nayant pas été en lien depuis mi juillet , il est important que chacune fasse un bilan de ce qui sest passé depuis, afin quelles puissent se retrouver en sécurité.
Durant cette absence, elles ont été obligées de se prendre totalement en charge. Ce qui daprès leur récit, a été dun grand bénéfice pour chacune.
Par rapport à lun des objectifs du groupe de parole ,( pouvoir créer un réseau entre elles en cas de besoin), elles ont pu pendant cette absence mettre en place ce réseau. Elles se sont soutenues mutuellement , se sont aidées, se sont écoutées, ensemble afin daller mieux. Pour la première fois, elles se sont permises de demander de laide et den donner à la fois.Ce qui ne sétait jamais produit.
Elles se sont faites confiance en instaurant durant les vacances cette aide mutuelle, et se sentent fières, fortes et à la fois autonomes.
Mais elles sont soulagées de reprendre le groupe de parole. Malgré lévolution de leur construction en tant quindividu à part entière qui peu à peu leur fait prendre conscience du choix de leur propre existence, la souffrance de leur vécu sestompe mais ne se dissipe pas. Les émotions et les sentiments liés à la violence conjugale sont encore très présents . Même si matériellement elles sont devenues autonomes, psychologiquement elles sont encore très fragiles . Le travail sur lestime de soi, la confiance en soi demandent beaucoup de temps et de patience.
A la fin de la réunion, elles font éclater leur joie et leur sentiment de sécurité de se retrouver ensemble afin de pouvoir encore davantage sentraider et avancer par rapport à leur construction.
Une personne du groupe a décidé darrêter. Quand un membre du groupe décide de partir, il est important quil explique les raisons de son départ, pour quil n'y est pas dambiguité . Chaque membre du groupe est responsable de ses actes et de ses choix. Lessentiel est de se prendre en charge dans la décision que lon a choisie.
Quand un maillon de la chaîne manque , il peut être remplacer. Sachant le départ de cette personne , je leur ai annoncée la venue dune nouvelle personne à la prochaine réunion ..
Une situation qui va permettre de créer un dynamisme au sein du groupe. Il est important de toujours avoir lobjectif de redynamiser le groupe. Si les personnes recréent trop de sécurité entre elles, elles sen confortent, et peuvent stagner dans leur évolution. Doù importance de redynamiser un groupe de parole par la venue dune nouvelles personne afin quelles ne perdent pas de vue la réalité.
Réunion du 20 septembre
Comme nous l'avions annoncé à la réunion précédente, une nouvelle personne se joint Aujourd'hui au groupe de parole. Elle a un peu peur de rencontrer les membres du groupe . Cette réticence se sent aussi du côté des autres participantes.
Pour instaurer une sécurité mutuelle, nous leur proposons de se présenter afin de créer un nouveau lien . Il est important que cette confiance mutuelle sinstaure de suite afin que chacune ne se sentent pas réticente de parler .
Beaucoup de femmes victimes de violences conjugales, sont désorientées quand une situation spécifique est modifiée.Les points de repères nexistent plus,doù nécessité pour elles de se réadapter à de nouveaux changements afin quelles trouvent les moyens et outils pour se repèrer.
La nouvelle participante ressent de suite quelle est comme les autres. Elle prend conscience quelle na pas été la seule à vivre des situations de violences conjugales. Ce qui la rassure. Au fur et à mesure des paroles dites, les autres participantes ont envie que cette nouvelle personne fasse partie des maillons de la chaîne. Leur présence suffit pour créer cette sécurité et cet environnement où on peut tout dire et tout ressentir.
La cohésion du groupe et les liens solidaires entre les membres rassurent et responsabilisent chacune.
Le climat du groupe où la sécurité et la confiance sont constantes favorise lémergence des changements et évolution.
La notion du partage , du respect, de la coopération de chacune accentue ce climat.
Beaucoup démotions et beaucoup dappréhensions se sont dégagées.
A la fin de la séance, nous avons demandé à chacune ce quelle ressentait du fait de la venue dune nouvelle participante.Elles ont toutes eu lappréhension avant de venir. Elles avaient peur que la sécurité quelles avaient établies entre elles puisse être détruite. Mais à leur grand étonnement la chaîne sest recréée.
La nouvelle participante est soulagée davoir enfin osé parler de son histoire au groupe. Daprès ces mots " Jai comme limpression de renaître Aujourd'hui dans ce groupe, dêtre reconnue en tant que personne à part entière ,de puiser de lénergie dans le groupe, et de dire ce que je ressens au fond de moi ". Elle décide de revenir.
Nous leur proposons de choisir un thème pour la prochaine fois.
Elles se disent prêtes enfin à pouvoir parler de la sexualité. Ce qui certainement sera aborder durant plusieurs séances.
A bientot...
Thème: La sexualité |
Réunion du 4 octobre
Aujourd'hui dès le début de la réunion le groupe dégage de la peur, de linsécurité ..Le rite du tour du groupe va permettre de déceler un mal être de chacune.
Chaque membre dit ne pas aller bien, verbalise le besoin dévacuer ce qui les met mal à laise. Rares les fois où elles sont toutes réactivées par une situation.
Le fait peut-être davoir choisi le thème de la sexualité à la dernière séance les met mal à laise. Elles ne sont peut-être pas prêtes à en parler Aujourd'hui, elles ont besoin encore dun certain temps pour aborder ce thème sans crainte et sans angoisse.
Elles sont encore fragiles, et trop sensibles pour mettre à plat ce que représente pour elles la sexualité, ce qui les fait souffrir et ce qui leur manque aussi. Car la plupart nont pas de vie sexuelle depuis des années, et même pas simplement de laffection dun partenaire ou ami. Elles sont méfiantes par rapport à lhomme quel quil soit . Elles ont besoin dabord de se sécuriser et de retrouver complètement la confiance en elle pour pouvoir commencer à faire confiance à un autre homme.
La majorité de ces femmes ont très peu dami homme dans leur entourage, car elles appréhendent de retomber dans la situation de violence.
Elles ne veulent plus communiquer par la violence. Elles souhaitent Aujourd'hui trouver un autre moyen.
Le temps est partagé entre chacune afin quelle puisse décharger ces émotions qui les empêchent dêtre complètement elles-mêmes, qui les font souffrir.
Toutes relatent une situation présente qui leur rappelle une situation du passé en lien avec la violence même sous-entendue ..
Quand nous leur proposons à chacune de prendre du temps pour décharger ces émotions qui les rendent mal à laise, et que nous reportons le sujet de la sexualité à plus tard, la plupart acquiesce et en même temps disent quelles nont plus grand chose à dire de la sexualité. Il y a comme un décalage entre la sexualité et ce quelles sont Aujourd'hui. Nous ninsistons pas, et chacune prend le temps disponible pour partager ses émotions avec les autres.
A la fin de la réunion, nous leur proposons de reprendre le thème de la sexualité pour la prochaine fois.
Réunion du 18 octobre
Aujourd'hui, même insécurité, même peur que la dernière séance.Les membres du groupe ne sont pas encore aujourd'hui prêtes à aborder le sujet de la sexualité.
Elles demandent encore du temps pour décharger leur malaise. Elles avouent ne pas pouvoir mettre à plat les mots et surtout les émotions concernant la sexualité.
Elles décident encore aujourd'hui d'exprimer pourquoi elles ne peuvent encore parler de ce thème.
Elles reportent de nouveau le sujet à la prochaine réunion.
Réunion du 25 octobre
Le thème de la sexualité doit être abordé aujourd'hui. Si chaque membre du groupe a encore peur aujourd'hui d'en parler, on pourrait pendant des semaines et des mois éviter ce sujet.
Un tour du groupe a lieu comme de coutume. Le groupe semble bien aller. L'une d'elle est tout heureuse d'annoncer une bonne nouvelle et elle se dit renaître de nouveau. Son espoir et la confiance en elle reprennent le dessus.
L'animatrice propose d'emblée le thème de la sexualité en faisant constater que depuis 2 séances successives, le groupe a reporté le sujet. Aucun commentaire des membres mais une appréhension globale se dégage subitement du groupe.
Elle propose que le thème soit abordé d'une façon légère, sans heurt. Par exemple parler des premières impressions par rapport au changement de notre corps à la puberté, comment ont été ressenti les premières règles, la poussée de la poitrine, les premiers sentiments amoureux de cette période
L'idée est acceptée à l'unanimité, elles veulent toutes commencer la première.
Les relations amoureuses ont été exprimées d'emblée. Pour certaines, la relation avec les hommes utilisés comme des kleenex a été relatée avec la prise de conscience d'une certaine vengeance par rapport à un viol subi. Par ce comportement vis à vis des hommes, c'était à cette période le seul moyen de se faire reconnaître en tant que personne en inversant le rôle de la victime et de l'agresseur.
Des émotions et des mots par rapport à la vengeance ont pu soulagé ce sentiment enfoui. .
A travers les dires d'un des membres du groupe, une autre femme a pu trouver un nouvel outil, pour affronter une souffrance qu'elle avait dénié depuis longtemps. Aujourd'hui, elle a pu exprimer cette souffrance et par la suite la reverbaliser d'une façon constructive et positive pour son évolution.
La timidité par rapport aux premiers flirts; les premiers émois par rapport à l'homosexualité, la certitude et l'acceptation de ce nouveau sentiment ; les premiers sentiments d'amour vis à vis d'un homme ou d'une femme ont été exprimés.
Selon l'éducation, selon la culture de chaque femme du groupe, la notion d'amour et la valeur des sentiments ont été différents. Chacune a pu s'enrichir en trouvant des nouveaux moyens pour aborder des problèmes mis de côté, et à la fois exprimer le sentiment d'amour au niveau de chacune.
La domination de l'homme, le non-plaisir, le non-désir,le rapport sexuel forcé, ont fairt ressurgir de la colère et de la révolte avec beaucoup d'émotions et de souffrance.
D'autres émotions vont refaire surface ..
A la fin de la séance, on ne peut plus les arrêter de parler ? Ca y est, elles sont prêtes pour continuer le sujet à la prochaine réunion.
Elles ont pris conscience aujourd'hui, qu'en parlant de la sexualité, il est important d'exprimer ce sujet afin de pouvoir se dégager des souffrances souvent liées à ce thème considéré comme tabou.
Nous continuerons la prochaine fois, ce sujet
Réunion du 8 et 22 novembre
Le groupe semble décidé
à continuer le thème de la sexualité. Elles
ont pris conscience que toutes les situations vécues depuis
leur
enfance sont liées à la sexualité. Le manque
damour, le manque dattention, le manque daffection
sont pour une partie les origines de
leur souffrance. Le sentiment de non respect de leur corps et
de leur personne est pour elles un frein à leur évolution
et construction.
Par le groupe de parole qui
est une démarche pour saider soi-même et sentraider,
elles peuvent aborder des sujets qui sont parfois
impossibles dexprimer quand elles sont seules en entretien.
Doù limportance
pour lanimatrice de repérer de suite ce qui fait
résonance pour lune ou lautre afin de laccompagner
soit dans son
expérience, soit dans le partage de sa réflexion,
soit dans ses émotions.
Il sagit pour les participantes
dexpérimenter d'autres modalités de la relation
et du sentiment éprouvé et de découvrir quelles
vivent
avec des souffrances qui peuvent satténuer avec le
temps. Que cette souffrance ne va pas les empêcher de se
reconstruire, et de saimer
dabord.
Le thème de la sexualité
leur permet aussi dévacuer beaucoup de non-dit avec
émotions, et de se reconnaître en tant que sujet
et non
plus en tant que victime. Le fait dexprimer la colère,
la haine ne va pas pour autant détruire la relation.
Elles arrivent Aujourd'hui à parler de leur vécu avec moins dappréhension et de vivre avec le "passé " dans le présent.
Le climat du groupe où
confiance et sécurité sont constants favorise beaucoup
lémergence de ces changements. Elles réapprennent
à
fonctionner autrement, à faire confiance, à coopérer,
à être solidaire.
Le thème du viol est
très présent pendant ces deux réunions. Il
est nécessaire pour certaines dentre elles, de légitimer
cette situation où le
non-dit et la honte les empêchaient de parler de cette réalité.
Ces deux séances ont été très fortes et très denses dans lexpression des émotions.
En ce moment la plupart des
membres du groupe ont fait une rupture par rapport à la
sexualité. Elles ne veulent et ne peuvent pas
simaginer avoir une relation avec un homme ou une femme
(par rapport à lhomosexualité). Elles dénient
complètement lexistence de la
sexualité. Elles nont plus confiance en les hommes.
Elles sont en phase de reconstruction,
cest à dire dabord se faire confiance pour
faire confiance aux autres personnes et surtout aux
hommes.
Le deuil de la rupture conjugale nest pas encore terminé doù déni de la sexualité..
Avant dentamer une nouvelle
relation, il est essentiel de travailler sur la réflexion
du comment la rupture amoureuse peut être libératrice
et devenir force de renouvellement et de créativité.
Il est vrai que la rupture apporte
en même temps que des souffrances, une sorte de virginité,
une possibilité de tout recommencer
puisqu'on a tout perdu.
La dureté de la rupture,
son caractère brutal, ses conséquences immédiates
cruelles pour soi et pour les autres font oublier que rompre est
un acte de protection de soi,
de sauvegarde dun équilibre
intérieur menacé, et dans le cas des violences conjugales
un acte de survie. On ne rompt pas si quelque
chose dessentiel en soi nest pas en jeu : lautonomie,
léquilibre.
Elles ont encore le sentiment de trahison en ayant pris la décision de rompre, lié à lordre familial, lordre moral, lordre social .
Ce discours est similaire avec celui de la sexualité et de ses interdits, qui dans la confusion et le non-dit suggère danger et faute .
Elles ont le besoin de parler de la rupture.
En interrompant cette continuité
liée au processus de la violence qui leur semblait "normale
"et qui leur avait fait oublier leur existence,
elle ont pris conscience Aujourd'hui quelles ne sont plus
en mesure dassurer, de la même façon la poursuite
de leur vie car les conflits
intérieurs et extérieurs trop forts les a mener
à un état de tension insupportable et invivable.
Supprimer les causes de la tension
en quittant le conjoint violent devient une nécessité
avant quelle ne mène à des solutions qui
échappent à leur contrôle, telle la maladie
ou la dépression
Par la rupture elles requièrent énergie, courage, et lucidité. Elles produisent de la vie, des armes pour se battre.
Elles trouvent de nouvelles
ressources pour remplacer par autre chose ce quelles ont
déjà quitté, pour découvrir d'autres
solutions, pour
inventer de nouveaux équilibres.
La rupture conjugale est un
passage difficile, cet intervalle entre la certitude de la perte
et lincertitude de ce qui va être conquis, ouvre la
voie à un changement, à une régénération,
à une créativité. Cest toute lambiguïté
de la rupture, elle libère à la fois des forces
mortifères
et des énergies créatrices.
A travers le thème de la sexualité elles vont pouvoir se légitimer, par rapport aux différentes situations de souffrances quelles ont vécues.
Nous continuerons le thème de la sexualité, la prochaine fois.
Réunion du 8 décembre
Aujourd'hui les participantes sont surprises de découvrir que lune dentre elles est habillée avec féminité et allure. Ce qui est très rare chez lensemble des participantes du groupe. Elles sont en général habillées plutôt sobre et pratique.
Des "ah ! ", Des "que tu es belle " introduisent la rencontre.
Cette dernière dévoile quelle est amoureuse ; Cette nouvelle étonnante rend perplexe les autres.
Le groupe décide donc de continuer le thème de la sexualité.
Une impression de mieux être se dégage. Le fait quune des participantes puisse être amoureuse leur redonne un certain espoir par rapport au sentiment de désir.
Cest vrai, depuis le début du groupe de parole, elles ne voulaient plus parler des hommes, plus les côtoyer, même pas envisager une relation damitié.
Un rayon despoir se lit de nouveau dans les yeux de chacune. Si ce sentiment de désir est présent chez lune, alors pourquoi pas moi se disent-elles !
Se permettre à nouveau dêtre femme, sautoriser à shabiller très "femme fatale " va leur permettre de retrouver leur féminité quelles avaient déni depuis leur rupture et de pouvoir envisager une relation damour avec un homme (ou une femme).
Bannir toute relation avec les hommes nest plus envisageable Aujourd'hui. Elles prennent conscience de limportance du renouement et du lien nécessaire avec eux. Si elles ne passent pas ce cap, il est impossible de se reconstruire et de se retrouver elles-mêmes en tant que personne à part entière.
Rejeter les hommes, dénier le sentiment de désir et la sexualité les empêchent dévoluer.
Elles se donnent le droit à présent dexister et commencent peu à peu à modifier leurs comportements et surtout dabord leurs réflexions.
Cette rencontre a été un renouveau pour toutes.
Nous continuerons la groupe de parole prochainement.
Réunion du 13 juin
Aujourd'hui le groupe semble prêt à reprendre le thème sur la sexualité. Depuis quune participante a retrouvé le sentiment du désir, les autres souhaitent en parler avant dêtre disponible pour le ressentir.
La plupart des participantes pensent que la sexualité est basée seulement sur le rapport sexuel avec un partenaire. En parlant de la masturbation, du regard sur une personne, de vouloir plaire, elles prennent conscience que toutes ces situations font parties de la sexualité.
Lune d'elles dit ne pas avoir de sexualité. Elle sétonne elle-même de ne pas ressentir de besoin, sans la moindre frustration. Daprès elle, elle le compense par la tendresse et lamour de ses enfants. Aujourd'hui cela suffit pour son équilibre (dit-elle).
Tout en continuant à verbaliser sur le sujet de la sexualité, elle prend conscience que tant le jugement de son divorce ne sera pas officiellement prononcé, elle sinterdit tout ressenti de désir vis à vis delle même ou dun partenaire. Elle sempêche davoir ce désir, et bifurque par d'autres moyens pour se dire bien dans sa peau.
A la fin du récit, elle sait quune fois son jugement prononcé, elle se permettra davoir ce désir daffection : donner et recevoir de lamour. Elle dit aussi ne pas être complètement libérer psychologiquement de son ex conjoint. Même violent, elle la aimé de tout son corps et de toute son âme. Il lui faudra encore du temps pour sortir de son emprise psychologique.
Une autre participante parle
de son corps. Depuis un certain temps, elle maigrit, son corps
se transforme en corps dadolescente. Cette période,
elle ne l'a pas vécu, elle est passée du stade de
lenfance au stade dadulte, due aux situations vécues.
Linceste ( subie pendant des années étant
petite ) la empêché dêtre une adolescente.
Son fils Aujourd'hui 15 ans, lui transfert sa propre adolescence
non vécue.
Elle sent son corps vouloir vivre cette étape inhibée
auparavant. A travers son fils, dit-elle, elle va pouvoir ressentir
son corps, ses transformations, sans violence, et sans viol
..Elle
veut sen libérer pour pouvoir saimer Sa quête
est dêtre bien dans son corps pour être bien
avec un partenaire. Elle souhaite apprendre à laimer
, ce corps tant meurtri depuis des années. Elle souhaite
ne plus en avoir honte. Etre belle, saimer, va lui permettre
de retrouver la confiance enfouie au plus profond delle-même.
Lune d'elles parle de sa timidité pour aborder d'autres personnes. Elle a du mal à rester elle-même quand elle ressent un désir . Elle a tendance à donner une fausse image delle de peur de déplaire ; En voulant être parfaite, elle crée des situations ambiguës.. Son comportement manque de confiance dit-elle, et quand elle veut plaire à une personne, celle-ci la fuit ! Pourquoi ? Elle perd tous ses moyens et devient "bête "comme elle dit. Plus elle est amoureuse, plus elle fait fuir lautre, comme si elle ne méritait pas lamour dautrui, comme si elle sen défendait.
En extériorisant ses émotions, elle récupère demblée sa confiance en elle.
Tous les ressentis verbalisés sur la sexualité par les autres femmes du groupe révèlent quelles sinterdisent de vivre une sexualité telle quelle soit.
A la fin de la réunion, elles se sentent soulagées. Elles pensaient ne pas éprouver de désir, elles pensaient être anormales. En ayant parler de la sexualité, elles ont découvert quelles aussi avaient le droit à une vie sexuelle. La sexualité peut faire partie de leur vie de tous les jours.
Réunion du 26 juin
Aujourd'hui, le groupe décide de continuer de parler de la sexualité.
Le groupe semble de plus en plus autonome, épanoui. Une confiance mutuelle règne de plus en plus.
Une des participantes verbalise
sur le " tout dire ". . Elle dit " tout dire "
à ces enfants sauf une situation qui est Aujourd'hui pour
elle importante. Pour avoir ses enfants (jumeaux) ; elle a dû
utiliser le moyen de la fécondation in vitro. Ses enfants
ayant 10 ans ne sont pas au courant de lorigine de leur
procréation. Elle prend conscience de limportance
de leur révéler. Le non-dit la met mal à
laise. Elle dit ne pas leur avoir dévoiler, car elle
a
le sentiment que ce ne sont pas des enfants de lamour Des
enfants de lamour doivent se créer par la relation
entre lhomme et la femme sans passer par un moyen extérieur.
En déchargeant cette émotion, elle réalise
que ce nest qu'un appriori qui lempêche de croire
quils sont des enfants désirés.
Elle dévoile aussi que sa fille fait un rêve régulier : " Sa mère nest pas réellement sa mère ". Elle culpabilise de navoir pas procréer ses enfants naturellement. Le rêve de sa fille nest que son propre ressenti. Sa fille sent que sa mère lui cache quelque chose. Elle perçoit une gêne de sa part,.. Sa fille sait déjà .
Elle a ce sentiment de honte. Le non-dit peut créer la honte qui sinstalle car elle est indicible. Elle est indicible parce quen parler conduirait à mettre à jour des choses inavouables et au risque dêtre soi-même désavoué. Le silence joue le rôle de couvercle qui enferme la honte à lintérieur de soi-même. Le simple fait de parler de la honte, permet de libérer une parole, donc il n'y a plus de non-dit.
Elle décide coûte que coûte den parler à ses enfants, persuadée Aujourd'hui quils sont vraiment des enfants de lamour ..
Une participante prend conscience
de son trop plein dactivité pour sempêcher
de se ressentir au plus profond delle-même. Elle reconnaît
ressentir du désir sexuel quand elle croise des hommes,
mais de suite elle vaque à des activités qui lempêchent
daller au bout de ses sentiments. Elle ne se sent pas prête
à aimer et à être aimé. Elle a peur,
elle se sent moche, horrible, " pas féminine pour
un sou " dit-elle
. " Personne ne peut maimer
car je nattire aucun homme ". En extériorisant
toutes ses dévalorisations, elle se rend compte quelle
est aussi jolie quune autre femme, et quelle peut
aussi plaire. Lestime delle-même renaît.
Elle a tellement peur de se tromper quelle préfère
ne rien engager
.
Une autre femme culpabilise daimer deux femmes en même temps. Déjà homosexuelle, elle se culpabilisait déjà vis à vis de la société. De plus aimer deux femmes en même temps, elle sent que cest trop.
Elle est en colère car elle ne peut dévoiler son homosexualité à lextérieur, elle est en colère car elle nest elle même quau sein du groupe de parole où elle peut tout dire. Elle voudrait saccepter complètement , mais elle n'y arrive pas car son entourage vit avec ces tabous.
Des émotions et des pleurs sévacuent de son corps et de son esprit, elle décide de saccepter comme elle est, elle sengage de dire à certaines personnes son homosexualité , et se donne aussi le droit daimer deux femmes .
Se libérer de tous les conflits, vivre pour soi et non pour les autres, être soi-même en permanence, et ressentir la vie , cest le souhait de toutes ces femmes qui veulent tout simplement exister pour elles.
Thème : Les appréhensions |
Réunion du 22 décembre
En comparaison à la dernière rencontre, le groupe semble inquiet, contrarié, angoissé.
Le rituel du "comment ça va ", dégage lappréhension des fêtes de Noël. Elles sont mal à laise à larrivée des festivités. Beaucoup de souvenirs reviennent dans le présent.
Elles ont encore du mal à mettre du sens à ce qui se passe et à ce qui sest passé.
Lune des participantes offre un cadeau à chacune. Un sentiment de gêne se ressent par rapport au cadeau reçu quelles disent ne pas mériter, et à la fois la gêne de navoir rien à offrir.
Ce qui va permettre à chacune de verbaliser leurs émotions de cette situation.
Elles méritent de recevoir un présent, elles méritent dêtre reconnue comme une personne réelle.
Après avoir partagé le temps, peu à peu elles vont adapter un sentiment et un regard différent sur elle-même
Le contenu du groupe de parole est centré sur les effets actuels des souffrances subies et les moyens de se libérer de ces handicaps émotionnels, affectifs, sexuels, relationnels.
Aujourd'hui, elles ont le besoin de décharger cette crainte, et cette appréhension des fêtes qui les rendent tristes, inquiètes, et coupables par rapport à leurs enfants.
Trouver une entente avec le conjoint séparé par rapport aux dates des fêtes, afin que lenfant vive cette période avec le moins de souffrance leur demande un grand effort.
En dégageant peu à peu leurs émotions, elles vont pouvoir trouver les moyens leur permettant de faire face aux situations conflictuelles et difficiles.
A la fin de la séance, elles se sentent mieux. Elles disent pouvoir envisager lorganisation des fêtes avec moins dappréhension. Elles disent pouvoir créer, un vrai jour de fête et pourquoi pas redonner un sens à la vie, au plaisir.
Nous nous retrouverons après les fêtes en espérant quelles se passeront le mieux possible pour toutes.
Réunion du 3 janvier
Après les fêtes de fin dannée, la majorité des participantes ont attendu avec impatience Aujourd'hui pour se rencontrer.
Les fêtes de Noël sont souvent des périodes qui remémorent situations denfance, dadolescence ou dadulte où souffrance et manque affectif sont ressentis.
La solitude est davantage présente à ce moment.
Le rituel du "comment ça va " au début de chaque rencontre est le bienvenu. Limportance de cette séquence va développer la conscience de soi et la capacité à lexprimer verbalement. Elle va permettre à toutes dêtre consciente de létat desprit de chacune à ce moment là.
Aujourd'hui, elles ont besoin dextérioriser ces sentiments de souffrance et de solitude. Leurs disponibilités intellectuelles et émotionnelles ne leur permettent pas de continuer le thème sur la sexualité.
Dans un groupe de parole, il est important que chacune demande ce dont elle a besoin, entende les besoins exprimés par les autres et les respecte.
Donc elles décident de partager le temps de travail avec la liberté dexprimer leurs émotions sans thème spécifique.
Chacune va exprimer ses émotions ressenties pendant ces fêtes. Elles vont enfin pouvoir libérer cette boule coincée dans lestomac. Des pleurs, des rires, des cris vont les aider à se retrouver elles-mêmes.
Par lattention et la solidarité du groupe, elles vont recevoir cette écoute de toutes et pouvoir retrouver leur confiance et leur force et sapproprier leurs émotions.
La fragilité par rapport à leur vécu est toujours présente, une situation spécifique peut complètement les réactiver et leur faire perdre leurs moyens. Doù nécessité pour elles de libérer ces émotions qui les empêchent de se faire confiance.
Cest vrai que le sentiment de solitude est très présent. Le sentiment dêtre différente, coupée du monde est une des atteintes les plus ressenties car lintégrité psychique et/ou physique a été touchée.
Ce sentiment est à lorigine du silence et de la non-dénonciation des violences subies par ces femmes.
La rencontre avec d'autres, lexpression et la mise en commun des faits subis, des violences, des émotions, des souffrances conduit à reconnaître dans lautre une femme semblable à soi confrontée à la même violation, souffrant des mêmes terreurs, éprouvant les mêmes agressions. Chacune saide elle-même à retrouver lestime et lamour de soi.
En extériorisant, en verbalisant leurs souffrances, chacune va prendre conscience de son vécu.
Partage et respect de la confidentialité, assiduité, coopération vont leur permettre de se restaurer dans leur identité. Lappui solidaire du groupe rend possible cette prise de parole et lexpression des émotions renforce leurs propres capacités à vivre et à surmonter les blessures infligées.
En aidant les autres, elle saident elles-mêmes. Elles sefforcent de restituer leur valeur aux actions, réactions, émotions et sentiments de chacune.
Elles vont pouvoir adapter peu à peu un sentiment et un regard différent sur elle-même, qui leur donne le désir de continuer à se battre pour se retrouver.
A la fin de la rencontre, elles se sentent soulagées. Une impression de légèreté et denvol a remplacé la tension stressante et angoissante qui régnait au début.
Nous reprendrons le groupe dans 15 jours.
Thème: Pourquoi j'ai besoin de ce groupe |
Réunion du 17 janvier
Le groupe semble toujours apprécier cette rencontre bi-mensuelle. Elles trouvent du soutien, de lécoute, de la solidarité leur permettant dêtre davantage elles-mêmes et pouvoir ainsi retrouver leur propre identité.
3 personnes du groupe annoncent de bonnes nouvelles. Les autres semblent sereines et non angoissées.
Lanimatrice propose à celles qui dégagent de la joie et du bien être de ressentir leurs émotions par rapport au sentiment de bonheur et de bien être.
Elles écarquillent les yeux. Elles ont tellement lhabitude depuis le début du groupe de parole de décharger sur des souffrances ou du mal être quelles ne comprennent pas quil est aussi possible dévacuer des émotions de bonheur et de plaisir.
Les autres membres travailleront si elles le peuvent sur des situations où elles ont pu ressentir un semblant de bonheur
Il est important de travailler
sur des sentiments positifs. Ce qui va permettre de retrouver
à moyen terme la spontanéité, la joie de
la vie.
Elles vont pouvoir se réconcilier avec elle-même,
accepter la vie avec une vision positive, saccepter soi-même.
Elles vont être plus en phase avec elle-même, ne pas moraliser certaines situations, senrichir avec elle-même, se connaître davantage jusquau bout sans préjugés, sans apprioris .
Cest la première fois quelles éprouvent autant de sentiments de joie, de vie, et de gaieté depuis cette rupture avec cet homme violent.
Peu à peu, elles décident de choisir leur voie, leur chemin, pour complètement sen sortir.
Mener leur barque, seule, avec pour force la certitude de mériter le bonheur. Aujourd'hui, elles souhaitent réellement devenir elles-mêmes, rien ne pourra les empêcher de continuer leur reconstruction vers la liberté et la joie de vivre.
Theme: Moins je parle de moi, plus je me sens mieux- Plus je parle de moi, moins je me sens bien. |
Réunion du 31Janvier
Le groupe semble aujourd'hui plein dentrain. Une impression de spontanéité, de joie de vivre éclaircit le regard de chacune.
De plus en plus elles se sentent réconciliées avec elles-mêmes. Elles acceptent la vie et sacceptent en tant que personne à part entière. Comme si une meilleure amitié sétait déclarée avec elles-mêmes et la vie.
Elles donnent un sens à leur vie. Du sens à ce qui se passe et à ce qui sest passé. Elles ne moralisent plus certaines situations, elles sont davantage en phase avec elles-mêmes et se font plaisir. Elles commencent à senrichir avec elles-mêmes, et à vouloir se connaître davantage.
Aujourd'hui, elles décident
de prendre du temps en fonction de leur ressenti. Le besoin dextérioriser
leurs émotions devient nécessaire.
Elles refusent de garder en elles, ces sentiments négatifs
qui les empêchent dêtre dans le présent.
Une des participantes (qui a
37 ans) dit vivre son adolescence en ce moment. Par procuration
à travers son fils de 15 ans, elle ressent tous ces sentiments
dadolescente quelle sétait interdits
de vivre. Elle est passée de la petite enfance à
ladulte sans vivre son
adolescence car la situation familiale la empêché
dêtre adolescente.
Une autre participante relate
la trahison des hommes. Elle dit ne pas encore être prête
à entamer une relation avec eux. La souffrance est encore
présente. Le sentiment de trahison nest pas suffisamment
évacué pour quelle puisse envisager ne serait-ce
qu'un sentiment
positif vis à vis deux. Mais elle ne désespère
pas, car elle sait quelle doit passer par cette phase de
colère afin de retrouver confiance en elle et en eux.
Lune dentre elle évoque une situation inverse par rapport à son vécu. Elle se dit être toujours "dominée " par sa partenaire. Aujourd'hui, elle se sent dominante vis à vis de lautre. Dominante, non au sens négatif, mais positif et constructif pour chacune. Elle dit ne pas manipuler sa partenaire, au contraire, elle veut la respecter jusquau bout. Elle a pris conscience du sens de la vraie relation entre deux personne.
Une participante a un grand besoin dévacuer sa douleur.
Une douleur qui narrive pas à sortir complètement delle. Elle na plus peur, elle na plus honte, elle désire sortir sa douleur qui la ronge depuis des années. Elle ne veut plus de cette douleur, qui de jour en jour la diminue, laffaiblit. Elle décide de décharger ce trop plein trop retenu. Elle n'en peut plus, elle n'arrive plus, Elle désire redonner un sens à sa vie, et un sens à son combat permanent.
D'autres thèmes toujours en lien avec la souffrance, le respect de lautre, la sexualité, lamour des autres, lamour de soi sont exprimés au cours de cette rencontre.
Elles veulent triompher de leur "malheur ",
Lespoir remplace la souffrance. En donnant sens à leur souffrance, lespoir de vivre renaît. Ces épreuves, comme elles disent, les rendent plus fortes.
Leur capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement va les amener à devenir indépendantes, autonomes et à aimer la vie, Leur histoire nest plus un destin. Leurs histoires leur appartiennent et cest elles qui tiennent les rênes.
Thème: Pourquoi j'ai besoin de ce groupe |
Reunion du 14 Fevrier
Le groupe semble aujourd'hui en forme.
Une des participantes se dit "oxygénée ". Elle a limpression que " ses neurones sont lavés ". A force dévacuer les émotions par rapport à sa souffrance, elle se sent exister réellement. Elle ose prendre des décisions, et se fait de plus en plus confiance.
Une autre verbalise quelle ne se recroqueville plus sur elle-même et se dit être en phase avec ses actes et sa pensée. Elle se sent pousser des ailes, comme une force qui la projette et qui lui permet de mettre en place des moyens pour atteindre ses objectifs.
Un des membres du groupe se dit être plus ouvert aux autres. Cest à dire être plus positive et constructive dans linterprétation de ce qui est dit. Et d'autres sentiments en majorité liés à lautonomie se succèdent.
Mais une des femmes exprime ne plus vouloir venir !
Lanimatrice lui demande la raison de cette décision. Elle dit que le groupe de parole laide beaucoup mais elle a limpression quelle crée un sentiment de souffrance vis à vis dune participante. Ce qui la culpabilise.
Elle relate la souffrance quelle ressent souvent dune personne du groupe quand elle exprime ses émotions. Elle ne veut pas la faire souffrir.
Lanimatrice lui propose de prendre son temps pour évacuer ses émotions par rapport à cette situation, et par la suite quelle prenne conscience que si lautre personne se sent mal, cest quelle na pas encore extériorisé sa souffrance complètement. A travers ses émotions cette femme voit sa propre souffrance.
Elle pensait en avoir complètement terminé avec cette souffrance, mais à travers la réactivité, elle-même a pris conscience quelle a encore à évacuer ses émotions . A la fin de son temps, la personne décide de continuer le groupe. Pourquoi larrêter sil celui ci lui permet davancer ?
Après que chacune a pris son temps, lanimatrice leur propose dénoncer un engagement à court ou moyen terme. Il est vrai, que prendre un engagement projette la personne vers lavenir. Cest un moyen dévoluer, de donner un sens à sa vie, et de croire en soi
Un des engagements dun membre du groupe : Préparer une capacité en droit. Elle ne se sent pas encore reconnue par rapport aux démarches juridiques effectuées depuis des années et qui restent sans résultat. Comme elle dit "dans la souffrance, on apprend très vite ". Le fait dêtre légitimer va lui donner la possibilité daimer et de saimer. " Maimer pour ce que je suis et pas sur ce que je peux donner ".
D'autres engagements sont verbalisés :
Et d'autres engagements sont énoncés en lien à la difficulté de retrouver son identité et son autonomie
Elles vont se
donner le droit de vivre en harmonie totalement avec elles-mêmes
et les autres. Elles comprennent peu à peu quelles
ne
doivent rien à qui que ce soit, et les autres ne leur doivent
rien non plus.
La plainte ne fait plus partie d'elles-mêmes. Elles ne refusent plus la réalité, et veulent rompre avec la peine et langoisse. Elles décident de grandir ou nont plus le regret davoir grandi. Elles renoncent au passé et sorientent dans le présent et vers le futur. Elles ne se renferment plus sur elles-mêmes.
Etre en accord avec soi, cest faire avec tout et rien de la beauté et de lharmonie, cest renoncer à la définition de ce quil faut faire et du comment agir, cest apprendre à samuser et à danser avec les personnes et les événements.
Theme: Mes responsabilités envers moi-même et envers les autres |
Le groupe de parole avait décidé depuis Noël qu'un déjeuner entre les participantes aurait lieu afin de fêter la nouvelle année.
Lanimatrice
avait proposé, il y a quelques mois, que chacune prépare
un plat et que ce repas se fasse au local afin de ne pas créer
des
dépenses supplémentaires. Mais toutes voulaient
faire le déjeuner dans un restaurant. Ce qui sort de lordinaire
pour la plupart dentre
elles.
Ce déjeuner ne se fait quaujourdhui car cest le seul jour où tous les membres du groupe sont présents.
Des participantes
ne pouvaient pas payer le repas, et à lunanimité
les autres femmes décident de prendre en charge ensemble
les 2
déjeuners.
Lanimatrice propose que les 2 personnes ne pouvant payer la totalité du repas participent au repas de 10F.
Ces 10F symbolisent leur participation. De ce fait, elles ne se sentent pas prises en charge par les autres. Elles sont daccord.
Une ambiance chaleureuse, gaie et joyeuse émane du repas.
Toutes donnent
limpression dexister, de revivre. La plupart dentre
elles vont peu au restaurant. Quelques-unes ont économisé
depuis
Noël pour se payer le déjeuner.
Elles sont heureuses
de se retrouver ensemble, à rire, à plaisanter,
à savourer ce délicieux repas chinois (elles ont
choisi elles-mêmes le
restaurant).
Organiser, choisir une situation leur permet davantage de se faire confiance. Elles avancent pas à pas mais sûrement malgré la crainte qui est toujours présente .
Réunion
du 13 mars
Le groupe semble aujourd'hui réactivé. Une des personnes a quitté son conjoint avec son fils. Cette situation déclenche un malaise au sein du groupe.
Lanimatrice propose à chacune de prendre du temps pour verbaliser leurs émotions par rapport à cette situation.
La femme qui a fui son domicile demande à parler la première car elle nen peut plus. A la fois elle est fière davoir pris cette décision, et a peur de la suite des événements, peur de ce quelle va devenir avec ses enfants, peur de sêtre trompée, car elle dit encore aimer son mari. Elle dit quelle a quitté le domicile car elle veut faire prendre conscience à son mari de la situation de violence conjugale.
Lanimatrice loriente sur elle-même : ce quelle ressent par rapport à sa décision, à ses peurs, à lavenir Elle appréhende le futur, et à la fois se sent fière de son acte.
La plupart des femmes du groupe de parole ont déjà quitté le compagnon, ce qui a donné la force à cette femme de comprendre la nécessité de la rupture.
Aujourd'hui elle se sent exister, elle veut que lon sache la vérité, elle na plus honte, ne se sent plus coupable et se donne le droit de vivre pour elle et ses enfants. Elle nadmet plus que ses enfants vivent dans cette relation de violence entre le père et la mère. Elle veut être elle-même. Des pleurs et des larmes la libèrent et la rassurent.
Une autre participante a le besoin dexprimer son angoisse. Elle se revoit vivre sa propre rupture. Elle se sent très mal. Lanimatrice lui demande de laisser son corps exprimer cette angoisse. La femme dit ressentir la souffrance de la période où elle avait pris la décision de rompre avec son compagnon. Elle a limpression que cette situation sest passé hier. La rupture actuelle de lautre femme a projeté cette femme au plus profond de sa souffrance quelle croyait avoir évacuer complètement.
Cest vrai que la moindre situation telle quelle soit, peut anéantir rapidement la force et lénergie de ces femmes qui veulent à tout prix sortir de la violence conjugale.