1er BILAN DE L' ENQUETE NATIONALE SUR LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES


Cette première enquête sur les violences faîtes aux femmes a été effectuée auprès de 7000 femmes âgées de 20 à 59 ans, réalisée de mars à juillet 2000. Elle recevra le label INSEE et se prolongera dans les départements d'Outre-mer.


Les violences envers les femmes ne sont pas des accidents. Toutes les femmes peuvent être confrontées un jour ou l'autre de leur vie par un acte de violence, un viol ou des agressions, uniquement parce qu'en tant que femmes elles sont particulièrement exposées aux processus de violence.

L'enquête met en lumière l'importance du non-dit. Nombre de femmes interrogées ont évoqué pour la première fois au moment de l'enquête les violences dont elles ont été victimes.

Les objectifs de l'enquête :
- Evaluer les fréquences des divers types de violences,
- Analyser le contexte familial, social, culturel et économique,
- Etudier les réactions et les recours,
- Analyser les conséquences de la violence sur le plan de la santé physique et mentale, de la vie familiale et sociale.


72% des sondées qui ont été victimes d'un viol avant l'âge de 15 ans, n'en avaient jamais parlé.


- Les violences conjugales sont les plus cachées : plus des 2/3 des femmes avaient gardé le silence.
- Les agressions physiques et les injures au sein du couple sont un peu plus facilement évoquées, néanmoins 4 femmes sur 10 ne s'étaient jamais confiées.
- Le harcèlement sexuel dans la rue ou au travail reste un sujet tabou.
- Les femmes qui ont subi des sévices ou reçu des coups répétés durant leur enfance sont 4 fois plus exposées au risque d'être victime de violences à l'âge adulte.


En ce qui concerne les violences conjugales :
- L'enquête révèle qu'

1 femme sur 10 vivant en couple a été l'an dernier confrontée à des situations de violences répétées,

souvent verbales et psychologiques, mais aussi parfois physiques, voire sexuelles, toute destructrices.
- Chaque femme quel que soit le milieu sociologique auquel elle appartient peut subir ces violences dans des proportions quasiment identiques :


10% des femmes cadres supérieures
10% des femmes au foyer
9% des employées
9% des ouvrières.
- 30,7% des femmes qui ne sont plus avec leur partenaire, ont déclaré entre 3 et 4 fois plus de violences que les autres.
- Le fait d'être au chômage est un facteur aggravant de violence ( 13,7%).
- Les étudiantes plus jeunes, parfois dans des situations de relative instabilité ou de précarité, connaissent des relations de couples violences (12,4%).

Les violences conjugales sont liées à l'âge. Les femmes plus jeunes (20-24 ans) sont 2 fois plus touchées que leurs aînées.


Les données de l'enquête sont également préoccupantes en matière d'agressions sexuelles, en particulier sur le viol.

En 1999, 48000 femmes, âgées de 20 à 59 ans, auraient été victimes d'un viol.

Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, les femmes sont davantage en danger chez elles que dans la rue ou sur leur lieu de travail.

L'objectif de cette enquête a été de rendre plus visible un sujet de société encore tabou, tabou plus qu'on ne le pense.

En ce qui concerne les violences au travail :
- 16,7% des femmes sont concernées par des pressions psychologiques qui consistent à " imposer des horaires, des tâches, des services, à proférer des critiques répétées et injustes, et à mettre à l'écart ".
- 3,9% des femmes subissent du " harcèlement moral ".
- 8,5% des femmes sont concernées par des agressions verbales incluant injures et menaces .
- 1,9% des femmes ont subi des avances et des agressions sexuelles.
- Dans 1 cas sur 5 environ il s'agissait d'un supérieur hiérarchique.

L'ampleur du silence et l'occultation des violences par les femmes qui les subissent est une réalité. L'interrogation des femmes dans un carde neutre et anonyme (associations) a contribué à lever le voile qui masquait les violences subies. (surtout sexuelles). Le secret est d'autant plus fort que la situation se vit dans l'intimité, à huit clos. Il relève probablement d'un sentiment de culpabilité, voire de honte éprouvé par les victimes, et souligne une certaine carence de l'écoute tant des institutions que des proches.



D'autres chiffres:

- 9,5% des femmes interrogées ont subi des actes de violence conjugale (physique, sexuelle, verbale, psychologique) au cours des douze derniers mois.
- 4 % des femmes interrogées ont subi au moins un acte de violence physique au cours des douze derniers mois dans une des sphères (espaces publics ou sphère professionnelle ou sphère privée). Sont définies comme agressions physiques les coups et brutalités physiques, menaces avec arme et tentative de meurtre.
- 1,2% des femmes interrogées ont été victimes d'agressions sexuelles au cours des douze derniers mous dans une des sphères (espaces publics ou sphère professionnelle ou sphère privée). Sont définies comme agressions sexuelles ; les attouchements, les tentatives de viol et les viols.
- 0,5% des femmes interrogées ont subi au moins une tentative de viol ou un viol au cours des douze derniers mois dans une des sphères (espaces publics, ou sphère professionnelle ou sphère privée).
- 1,1% des femmes interrogées âgées de 20 à 24 ans, ont subi au moins une tentative de viol ou un viol au cours des douze derniers mois dans une des sphères (espaces publics, ou sphère professionnelle ou sphère privée).
- 0,3% des femmes interrogées ont subi au moins un viol au cours des douze derniers mois dans une des sphères (espaces publics, ou sphère professionnelle ou sphère privée).
- 13,7% des femmes interrogées, en situation de chômage ou allocataire du RMI, ont subi des actes de violence conjugale au cours des douze derniers mois.
- 1,9% des femmes interrogées ont subi des actes de harcèlement d'ordre sexuel au cours des douze derniers mois dans la sphère professionnelle.
- 18% des femmes interrogées ont été victimes d'agressions physiques au cours de leur vie adulte (depuis l'âge de 18 ans).

Des jeunes victimes de violences sexuelles:

D'après le baromètre santé jeunes 2000, parmi les jeunes de 15 à 25 ans, 0,4% des garçons et 4,1% des filles déclarent avoir été victimes de rapports sexuels forcés au cours de leur vie. Pour près de 6% d'entre eux cela est arrivé une fois, pour 21% deux ou trois fois, pour 14% quatre fois ou plus. Plus d'un quart des jeunes victimes (28,6%) déclare avoir subi un premier rapport forcé avant l'âge de 13 ans.

La proportion de garçons déclarant avoir été victimes de rapports sexuels forcés ne varie pas selon l'âge, alors que chez les filles, elle augmente significativement, passant de 2,3% chez les adolescentes de 15 à 17 ans, à 7,2% parmi les femmes âgées de 23 à 25 ans.

Un sentiment d'insécurité plus fort chez les femmes:

Parmi les personnes de 14 ans, et plus interrogées par l'INSEE "en 2005 ", 13,1% des femmes et 5,3% des hommes ont déclaré se sentir personnellement en insécurité à leur domicile, souvent ou au moins de temps en temps. Les femmes éprouvent bien plus fréquemment ce sentiment que les hommes, surtout lorsqu'elles ont déjà subi une agression e 2004.

Le taux d'agressions en 2004 est identique pour les hommes et les femmes (agressions verbales, physiques, vols avec violence), mais les femmes sont plus exposées que les hommes aux agressions répétées, aux injures et menaces et aux agressions dans l'espace privé.

 

Jeunes de 15 à 25 ans déclarant avoir subi au cours de leur vie au moins un rapport sexuel forcé selon l'âge (en %):

   Filles  Garçons
 15-17 ans  2,3  0,5
 18-19 ans  3,0  0,9
 20-22 ans  3,5  0,1
 23-25 ans  7,2  0,3
 Ensemble 15-25 ans  4,1  0,4

Répartition des décès causés par des violences au sein du couple en 2003 et 2004 :

   Femme victime  Homme victime
 Homme auteur  163  1
 Femme auteur  1  46
 Total  164  47

Relation entre l'auteur et la victime, tous sexes confondus :

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L'auteur est le conjoint: 42%
L'auteur est l'ex-conjoint ou l'ex-concubin: 10%
L'auteur est le concubin: 48%
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" La violence conjugale est une pathologie sociale, elle ne concerne pas seulement la victime mais la société ".